14/12/2005

A propos de Jean Jaures

A PROPOS DE JEAN JAURES

 

Merci d’être des nôtres, ce soir, à l’invitation des deux associations culturelles invitantes le PAC ( Présence et Actions Culturelles) et l’Association Culturelle Joseph Jacquemotte, mieux connue sous l’appellation FJJ.

 

Tous, vous savez qu’elles développent leurs activités dans des environnements différents l’une étant proche du Parti socialiste, l’autre du Parti communiste.

 

L’initiative d’aujourd’hui remonte à une année, à la veille de la commémoration du 120 ème anniversaire de la création du Parti Ouvrier Belge. Nous avons ainsi décidé d’unir nos efforts pour présenter une part très symbolique de notre héritage commun, l’organisation politique de la classe ouvrière. A tort, l’événement a été présenté comme les 120 ans d’existence du Parti socialiste, les médias abondant largement dans ce sens en effaçant ce qui a uni les premiers socialistes belges, où ont vécu, travaillé et revendiqué ensemble des gens comme Emile Vandervelde et Joseph Jacquemotte.

 

C’est ce passé commun que nous mettons en évidence au travers d’une personnalité socialiste honorée par les deux principales branches du mouvement ouvrier français et international.

Notre volonté est de relire ce passé  commun, de confronter nos points de vue politiques respectifs, d’engager le dialogue afin de redonner corps, âme et force à un mouvement réellement réformateur, s’opposant au néo-libéralisme ravageur que nous nous contentons de subir.

 

Nous privilégions ainsi la réflexion plutôt que l’anathème. Pour illustrer celui-ci, je ferai référence à un écrit récent de ce réformiste de pacotille qu’est le bobo Bernard Henry Lévy, qui, méprisant, plein de morgue, donneur de leçon qu’on connaît, dans un article écrit dans la revue mensuelle «  Le Point », compare le débat idéologique qui a eu lieu pendant et après la campagne référendaire à l’affrontement qui opposa Jean Jaurès et Jules Guesde.

 

De sa plume pleine de vitriol, BHL écrit que le socialisme national, autoritaire, positiviste, sectaire et pseudo-révolutionnaire est en réalité patriote, chauvin, voire xénophobe car, écrit-il, le socialisme de Guesde, à la fin du XIX ème siècle prétendait acclimater le marxisme au pays de Joseph Proudhon. C’est donc ceci qui pèserait sur le débat idéologique. Et comme preuve de son ouverture au dialogue, il joint l’injure à la plume parlant d’Emmanuelli avec sa tête de gargouille, de Montebourg, faux Gavroche louchant vers Rastignac, de Fabius tentant de séduire une gauche de la gauche ontologiquement et presque physiologiquement hostile, de Besancenot, ce jeune pour vieux, de Mélenchon internationaliste phobique du plombier polonais, de Buffet avec son côté pourvu de rien et de Bové, chanoine gaulois.

 

Par ces propos outranciers, le vieillissant nouveau philosophe divise la gauche française entre guedistes donc partisans d’un

faux radicalisme et jauressistes, sociaux démocrates, authentiquement réformateurs, partisans de ce libéralisme issu du XIX ème siècle, citant Pascal Lamy, ce grand homme de gauche, présidant l'OMC et faisant sienne une phrase de Maurice Clavel «  Pour vaincre la droite, il faut commencer par casser la gauche. »

Oui, Jaurès, ils sont devenus fous, toi qui te souviens, toi, l’homme du Tarn. Castres, Carmaux, Toulouse, la république balbutiante ; mais très vite, la lecture des philosophes allemands, celle du vieux père Marx, la confrontation des idées généreuses avec la dure réalité des travailleurs des verreries ou de la mine.

Pas de cadeaux, classe contre classe, la lutte sans merci, l’adversaire est de taille. En 1893, il parvient à mettre à genoux le Marquis de Solages, un noble métamorphosé en magnat de la mine et du rail. Battu aux législatives de 1898, Jaurès reste au combat. Pour lui, la classe ouvrière ne doit abandonner aucun front. Le droit des salariés, la possession des grands moyens de production, la justice et la liberté… Dreyfus, un capitaine bourgeois est accusé avant tout par antisémitisme. Jaurès monte au créneau pour le défendre : «  Pour construire une société meilleure, un monde de justice, il vaut mieux prendre à la bourgeoisie, la partie de la société la moins pourrie possible. Les combats d’aujourd’hui sont les transformations de demain. Pas révolutionnaire, lui ?

Il bouscule les idées reçues. 30 ans après le massacre des communards de Thiers, il défend l’idée que les socialistes, des représentants de la classe ouvrière peuvent participer au gouvernement.

Compromission avec la bourgeoisie ? Non ! Ouverture d’un compromis, entrebâillement de la porte étroite entre le refus facile de se salir les mains et la tentation sans limite du réformisme le plus plat. Participer, fil conducteur des révolutionnaires du XX ème siècle qui ont choisi à la fois d’être des contestataires et des bâtisseurs. Participer, oui mais pas à n’importe quel prix, cela pourrait être sa devise.

 

Les ouvriers ont droit à leur journal. Il le dit et le répète. Il crée en 1904 « L’Humanité ».

Les ouvriers ont droit à leur parti, il organise l’unité des socialistes français en créant la S.F.I.O. C’était le beau temps où le nom de socialiste rimait avec celui de révolutionnaire.

En 1906, lors de la catastrophe de Courrières, à la tribune de la Chambre, il fustige les patrons, les discours fatalistes des sociaux réformistes et exige la nationalisation de la compagnie de Courrières.

 

Gardons ces images de Jaurès en ce printemps 1914. Il parcourt la France pour défendre la paix. Les poignards s’aiguisent, les revolvers se préparent, la presse de droite exhorte les fanatiques à l’assassiner.   Jaurès le sait mais il ne tremble pas. Il sait que cette guerre creusera des tranchées qui seront les fosses communes pour ouvriers et paysans mêlés. Pour lui, les nuées portent l’orage comme le capitalisme la guerre.

Alors, dis Bernard Henry, cette Europe forgée au feu exclusif du libéralisme, que peut-elle apporter… ?

Et là-haut, dans les étoiles, Jaurès sourit et applaudit. Son peuple, le peuple français ne s’en est pas laissé compter.

Mais nous Wallons, héritiers de ces mineurs, verriers qui ont marqué au fer rouge et de leur sang l’histoire de notre région que comptons-nous faire pour être leurs dignes descendants ? Commençons donc par un retour aux sources, retrouvons nos racines. Que cette exposition et le colloque qui s’ouvrira demain à 9 h 30 nous y aident !

Merci.

 

Discours prononcé par Robert Tangre lors du vernissage de l'exposition " Jean JAURES "



11:30 Écrit par PC Charleroi | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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