14/12/2005

LE NEOLIBERALISME TUE !

LE NEOLIBERALISME TUE !

Par Raoul Marc Jennar, Chercheur altermondialiste

Paradoxe de notre temps : en ce 21ème siècle qui ressemble de plus en plus à l'echelle planétaire à ce qui fut l'Europe du laisser-faire, laisser passer du 19ème, les raisons de remettre en cause un système économique générateur d'inégalités et d'injustices ne manquent pas. La société post-industrielle fait d'avantage penser à celle de la révolution industrielle qu'aux "trente glorieuses" (qui ne le furent d'ailleurs pas pour tout le monde). Et pourtant, drogués par les illusions de la consommation, abêtis par des média plus soucieux de divertissements faciles que d'informations honnêtes, aliénés par une pensée unique digne du catholicisme médiéval triomphant, ligotés par les traites mensuelles, soumis au chantage permanent au licenciement, les principales victimes du système semblent résignées au célèbre slogan de la Dame de Fer, Margareth Thatcher, qui répétait : "il 'y a pas d'alternative!".

 

Or, ce n'est qu'un slogan. La décision de réduire le rôle des pouvoirs publics à tous les niveaux (commune, région, Etat) a été prise par nos gouvernements occidentaux. La décision de soumettre toutes les activités humaines aux lois d'airain de la concurrence commerciale a été prise par nos gouvernements. La décision de privatiser les services publics a été prise par nos gouvernements.

 

Ils nous parlent de la nécessité de s'adapter à la mondialisation, comme s'il s'agissait d'un phénomène naturel, inévitable. Mais cette mondialisation néolibérale – je ne parle pas des avancées technologiques qui transforment la planète en un village unique – c'est eux qui l'ont voulue, préparée et décidée! Au niveau national, au niveau européen et au niveau mondial. Par conviction, par soumission ou par indifférence, nos gouvernements ont proposé ou accepté cette dérégulation massive qui offre aujourd'hui au capital une force inégalée dans l'histoire de l'humanité. Ce qui a été décidé par les humains n'est pas inévitable. Des choix différents auraient pu être faits. Ils peuvent encore l'être. Mais il y a de plus en plus d'urgence, car ces choix évitables risquent de devenir inéluctables.

 

Car le pouvoir donné à l'argent tue. Il tue, si j'ose dire, comme d'habitude. En dominant et en exploitant. En provoquant et en nourrissant des guerres, des déportations et des famines. " Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orange", disait déjà un Jean Jaurès, jamais démenti depuis lors.

Mais cette mondialisation voulue va plus loin : on transforme la planète en un marché unique, ce qui permet de mettre les peuples en concurrence. On crée des liens de dépendance nouveaux en généralisant et en imposant la pratique des brevets. Et on ne laisse plus de choix : pour un emploi, pour une nourriture saine, pour des médicaments essentiels, il faut se soumettre. Ou mourir.

 

On réduit chaque jour un peu plus les moyens de l'autorité publique, gardienne de l'intérêt général. On dilapide le patrimoine commun en vendant les services publics et en laissant ainsi à chacun le soin de se débrouiller. Pour se former. Pour se soigner. Pour se protéger contre les calamités.

 

Société du chacun pour soi, la société néolibérale que nos gouvernements mettent en place depuis une vingtaine d'années tue.

Brutalement ou insidieusement.

 

Brutalement, avec la libération des transports aériens, maritimes et ferroviaires qui fait passer la recherche du profit avant la sécurité. Sinistre clin d'œil du destin : a-t-on oublié que le ferry qui fit naufrage en rade de Zeebruges provoquant la mort de centaines de personnes s'appelait "messager de la libre entreprise"? Brutalement, quand la volonté de "dégraisser l'Etat" amène à négliger l'entretien des digues qui protègent contre les flots, à cesser d'entretenir les équipements qui assurent la sécurité des personnes.

 

Insidieusement, quand la glorification du profit crée le sentiment que tout est permis, qu'on peut empoisonner les gens en fabriquant des aliments pour bétail avec de l'huile de vidange voire avec des excréments, qu'on peut loger des personnes dans des maisons insalubres où les risques d'incendie ou d'effondrement augmentent avec le temps, qu'on peut polluer la terre, l'eau et l'air en toute impunité parce qu'il y a de l'argent à gagner, qu'on peut mettre en péril l'existence même de la planète pourvu que dans l'immédiat on s'enrichisse.

 

Combien de temps allons-nous encore supporter que ceux-ci qui sont censés protéger et promouvoir l'intérêts particuliers? Combien de temps allons-nous encore supporter le démantèlement des droits politiques et sociaux conquis de si haute lutte par nos grands parents et nos parents ? combien de temps allons-nous encore accepter de laisser à nos enfants moins que ce que nous avons reçu de nos parents?.

JDM 20/09/2005

11:39 Écrit par PC Charleroi | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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