09/08/2008

L'Etincelle n° 34

La Chine, les droits de l'homme, Bush (suite): la théocratie.

UN PERSONNAGE SUSPECT

Le point de vue du sénateur français Mélenchon.

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J’exprime les plus nettes réserves à propos de l’action politique de monsieur Robert Ménard, principal organisateur des manifestations anti chinoises. A présent, à propos du Tibet et des jeux olympiques, on ne voit que Robert Ménard. Il parle, paraît-il, au nom de « Reporters sans frontière ». Cette association est réduite à la personne de Robert Ménard. Bien des anciens membres du conseil d’administration pourraient en dire long au sujet des conceptions démocratiques de monsieur Ménard dans sa propre association. Quand je me suis trouvé sur le plateau de radio à France Culture où l’on m’interrogeait sur le sujet du Tibet et des jeux olympiques, messieurs Marc Kravetz et Alexandre Adler sont restés silencieux quand j’en suis venu au rôle de monsieur Ménard.  Ils ne peuvent être soupçonnés de chercher à me complaire… Hors micro, les deux exprimaient des réserves marquées sur les méthodes du personnage de Robert Ménard. Maxime Vivas a établi une analyse documentée extrêmement inquiétante sur ce personnage et ses sources de financements. Quoiqu’il en soit, il semble qu’il remplace aussi dorénavant les syndicats de journalistes, l’association internationale des droits de l’homme, Amnesty et ainsi de suite. Parfois même il remplace le Dalaï lama. Robert Menard milite pour le boycott des jeux ce que ne fait pas le Dalaï lama. Celui-ci dit au contraire que le peuple chinois mérite les jeux. Robert Ménard est un  défenseur des droits de l’homme à géométrie variable. A-t-il mené une seule action, même ultra symbolique, quand les Etats unis d’Amérique ont légalisé la torture ? A-t-il mené une seule action pour que les détenus de Guantanamo soient assistés d’avocat ? Robert Menard a un comportement qui soulève des questions sérieuses au sujet des motivations de son action.


LE REGIME THEOCRATIQUE EST INDEFENDABLE

 

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A propos du Tibet. Le Tibet est chinois depuis le quatorzième siècle. Lhassa était sous autorité chinoise puis mandchoue avant que Besançon ou Dôle soient sous l’autorité des rois de France. Parler « d’invasion » en 1959 pour qualifier un évènement à l’intérieur de la révolution chinoise est aberrant. Dit-on que la France a « envahi » la Vendée quand les armées de notre République y sont entrées contre les insurgés royalistes du cru ? Le Dalaï Lama et les autres seigneurs tibétains ont accepté tout ce que la Chine communiste leur proposait et offrait, comme par exemple le poste de vice président de l’assemblée populaire que « sa sainteté » a occupé sans rechigner. Cela jusqu’au jour de 1956 où le régime communiste a décidé d’abolir le servage au Tibet et régions limitrophes. Dans une négation des traditions, que j’approuve entièrement, les communistes ont abrogé les codes qui classaient la population en trois catégories et neuf classes dont le prix de la vie était précisé, codes qui donnaient aux propriétaires de serfs et d’esclaves le  droit de vie, de mort et de tortures sur eux.  On n’évoque pas le statut des femmes sous ce régime-là.

 Mais il est possible de se renseigner si l’on a le coeur bien accroché. L’autorité communiste a mis fin aux luttes violentes entre chefs locaux du prétendu paradis de la non violence ainsi qu’aux divers châtiments sanglants que les moines infligeaient à ceux qui contrevenaient aux règles religieuses dont ils étaient les gardiens. La version tibétaine de la Charia a pris fin avec les communistes. La révolte de 1959 fut préparée, armée, entretenue et financée par les USA dans le cadre de la guerre froide. Voilà ce qu’il en est des traditions charmantes du régime du Dalaï Lama avant les communistes et de l’horrible « invasion » qui y a mis fin.  Depuis, la scolarisation des enfants du Tibet concerne 81% d’entre eux là où il n’y en avait que 2% au temps bénis des traditions. Et l’espérance de vie dans l’enfer chinois contemporain prolonge la vie des esclaves de cette vallée de larmes de 35, 5 à 67 ans. En foi de quoi l’anéantissement des Tibétains se manifeste par le doublement de la population tibétaine depuis 1959 faisant passer celle-ci de un million à deux millions et demi. Pour tout cela, la situation mérite mieux, davantage de circonspection, plus de respect pour les Chinois que les clichés ridicules que colportent des gens qui ne voudraient ni pour eux, ni pour leur compagne ni pour leurs enfants d’un régime aussi lamentable que celui du roi des moines bouddhistes du Tibet. A l’heure actuelle je n’éprouve aucune sympathie pour « le gouvernement en exil du Tibet » dont sa sainteté est le décideur ultime sur pratiquement toutes les questions, où siège un nombre de membres de sa famille qu’il est tout à fait inhabituel de trouver dans un gouvernement, même en exil, sans parler de leur présence aux postes clefs de la finance et des affaires de cet exil. Je respecte le droit de sa sainteté de croire ce qu’elle veut et à ses partisans de même.

Mais je m’accorde le droit d’être en désaccord total avec l’idée de leur régime théocratique. Je suis également hostile à l’embrigadement d’enfants dans les monastères. Je suis opposé à l’existence du servage. Je suis laïque partout et pour tous et donc totalement opposé à l’autorité politique des religieux, même de ceux que l’album "Tintin au Tibet" a rendu attendrissants et qui ne l’ont pourtant jamais été. Je désapprouve aussi les prises de position du "roi des moines" contre l’avortement et les homosexuels. Même non violentes et entourées de sourires assez séducteurs, ses déclarations sur ces deux sujets sont à mes yeux aussi archaïques que son projet politique théocratique.  Je n’ai jamais soutenu l’Ayatollah Khomeiny, même quand j’étais contre le Shah d’Iran. Je ne soutiens pas davantage ni n’encourage le Dalaï Lama, ni dans sa religion qui ne me concerne pas, ni dans ses prétentions politiques que je désapprouve ni dans ses tentatives sécessionnistes que je condamne.  Je demande: pourquoi  pour exercer sa religion et la diriger, le Dalaï Lama aurait-il besoin d’un Etat ? Un Etat qui pour être constitué demanderait d’amputer la Chine du quart de sa surface! Son magistère moral et religieux actuel souffre-t-il de n’être assis sur aucune royauté ?


 La Chine, les droits de l'homme, Bush (suite): le donneur de leçons.

Guerre d'Irak, cinq ans après. George Bush pris dans un piège abscons

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Le voyage éclair du vice-président américain en Irak, Dick Cheney, qui se félicite de “l’amélioration de la sécurité dans le pays” suite à l’arrivée de renforts américains a été accompagné d’une puissante explosion en plein Bagdad, et d’un tir de mortier sur la “zone verte” qui protège l’ambassade des Etats-Unis. S’il s’avère que l’enrôlement de combattants sunnites comme “auxiliaires de sécurité” tout comme la “trêve des combats” de la principale milice chiite ont conduit à une baisse significative de la violence à Bagdad et dans l’ouest du pays, une série de récents attentats meurtriers fait craindre une reprise des attaques dans la capitale - rappelons que les violences politiques et interconfessionnelles ont fait des dizaines de milliers de morts parmi les civils depuis l’invasion américaine de mars 2003. Sans compter les dizaines de milliers de morts - soldats et civils - du fait de la guerre elle-même.

À l’heure de son bilan après 5 années de cet affrontement, le gouvernement Bush assure depuis plusieurs semaines que la présence de 160.000 soldats américains en Irak a permis de créer les conditions sociales nécessaires à une entente politique entre Irakiens. Dans les faits, rien n’est assuré. Le processus traîne en longueur, émaillé d’une guerre des chefs, tandis que les attentats n’ont jamais cessé. Dick Cheney vient d’ailleurs à Bagdad, selon les observateurs américains, pour exhorter les responsables irakiens à s’entendre.

À ce jour, le conflit a coûté la vie à quelques 4000 soldats américains. Plusieurs analystes sérieux parlent aux Etats-Unis d’un coût de 500 milliards de dollars. Le montant total (en tenant compte des suites du conflit, le retour des soldats blessés, l’aide aux familles, etc) pourrait atteindre voire dépasser les 1.000 milliards. Cette guerre ruineuse, alors que l’Amérique entre en récession, ressort comme un des sujets les plus controversés de la campagne pour la présidentielle de novembre. Le bilan global est terrifiant. Ces cinq années de guerre laissent un pays entièrement dévasté, en proie à la guerre civile et la misère, où l’emprise religieuse des shiites n’a jamais été aussi forte. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) estime, dans un rapport de six pages publié le 17 mars, que la situation humanitaire en Irak est «l’une des plus critiques au monde ». Selon cette enquête, le système de santé du pays se délite tragiquement. 2200 médecins et infirmières ont été tués, plus de 250 ont été enlevés. Sur les 34.000 médecins que comptait le pays en 1990 - parmi lesquels des femmes, dévoilées et poussées vers les universités sous Saddam - 20.000 ont quitté le pays. Les hôpitaux manquent de médicaments. Les blocs opératoires ne suffisent plus pour faire face à l’afflux de blessés graves. Il y a actuellement 30.000 lits disponibles. Il en faudrait 80.000.Le problème de l’eau est critique. Des millions d’Irakiens n’ont pas accès à l’eau. Les infrastructures de distribution sont dans un état de délabrement avancé.

L‘avenir ? Les responsables du CICR ne cachent pas leur scepticisme : «En Irak, dit le rapport de la Croix Rouge, on a atteint des niveaux de cruauté et de perversion jamais égalés dans l’usage de la violence.»

George W Bush, en dépit des protestations de son entourage proche et de plusieurs généraux, de la démission de ses anciens conseillers militaires et d’une opposition démocrate résolue, a cependant décidé la semaine dernière de maintenir le cap. Il a une nouvelle fois démandé au peuple américain de “faire preuve de patience”, tout en mettant son véto personnel à l’interdiction de la pratique de la torture du “waterboarding” (noyade) par les services de renseignement.

Il devient patent que le président américain est pris dans un “piège abscons”, comme ses prédécesseurs le furent au Vietnam, engagés comme lui dans une surenchère guerrière folle. Qu’est-ce qu’un piège abscons ? Une chausse-trappe psychologique où l’on tombe souvent par ignorance ou orgueil, s’enferre par fierté borné et l’incapacité à se dédire, menant à une répétition névrotique de la même erreur - un phénomène bien connu des chercheurs en psychosociologie expérimentale.

Voici expliqué, à travers quelques anecdotes parlantes empruntées à la vie quotidienne, comment se referment les mâchoires du pièges abcons. Sur un quidam, les conséquences restent mesurées. Chez le président de la première puissance mondiale, il mène parfois le monde à la catastrophe…

Extrait du Monde


La Chine, les droits de l’homme et Bush.

Bush en Chine

La cérémonie d’ouverture des jeux olympiques vient de se terminer à Pékin, une cérémonie qui laisse pantois les plus blasés que nous sommes. Ce pays vient de gagner le premier pari qu’il s’était donné : réussir la séance d’ouverture des jeux olympiques. Il s‘en est donné les moyens et c’est, en ce moment même, un peuple d’un milliard trois cents millions d’habitants qui clame et manifeste sa fierté d’être chinois.

La Chine, ce territoire immense, sa population représentant ¼ des habitants de la planète, sa grosse cinquantaine de nationalités, ses ethnies diverses, la manufacture du monde, des richesses insolentes mais aussi une large tranche de la société vivant dans la pauvreté, une économie capitaliste en progression continue et ascendante sous un gouvernement dit communiste profitant d’une main-d’œuvre abondante et peu coûteuse.

Un pays dont beaucoup se méfient, un pays qui détient dans ses banques des sommes pharamineuses qui, mises sur le marché, sont capables de faire crouler l’économie mondiale à commencer par celle des Etats-Unis, encore aujourd’hui mais jusqu’à quand  première puissance économique et militaire mondiale.

Un pays qui détient l’arme atomique et qui se sait menacé car encerclé par les bases américaines.

Enfin, un pays qui, en soixante années, est sorti du moyen-âge pour se trouver à la maîtrise et à l’avant-garde des nouvelles technologies.

Tout cela sous la direction d’une classe politique, main de fer dans un gant de velours, prêtant par la même occasion le flanc à toutes les justes critiques des défenseurs des droits de l’homme tels que nous les concevons en occident.

Ils étaient là

Ils étaient ainsi plus de 90 chefs d’Etat – un record – à participer à la séance d’ouverture malgré toutes les tentatives de boycott des jeux. J’y vais ou j’y vais pas ? Finalement, ils y sont allés, ils ont vu et certains se sont empressés de donner des leçons sur les droits de l’homme.

Citons parmi celles-ci, les paroles du cow-boy texan, du plus grand démocrate de la planète :

«Les Etats-Unis estiment que le peuple de Chine a droit aux libertés fondamentales qui sont le droit naturel de tous les êtres humains. Ainsi l'Amérique est vivement opposée à la détention par la Chine de dissidents politiques, de défenseurs des droits de l'Homme et de militants religieux».

Oui, c’est le dirigeant du pays qui a lancé la bombe d’Hiroshima, qui a déversé des milliers de bombes au phosphore ou et des tonnes de défoliant sur le Vietnam, qui a soutenu les régimes liberticides d’Amérique latine, qui a décrété le blocus contre Cuba, qui a lancé les aventures guerrières et meurtrières d’Afghanistan et d’Irak, qui a sur la conscience les tortures perpétrées à Abou Graib  et a ouvert la prison illégale de Guantanamo (Cuba).  

 Un homme pieux, ce Bush, un homme qui dit bien sa prière matin et soir pour se faire pardonner ses « petits dérapages ». Un homme qui ne sera jamais traîné devant la Cour Internationale de Justice de La Haye. Un homme guidé par sa foi et soutenu par les sectes les plus intégristes, un homme qui respecte les croyances des autres qu’ils soient Benoît XVI ou Dalaï lama avec lesquels il partage bien des valeurs rétrogrades tout en condamnant l’action politique des petits curés rouges partageant la misère de leurs ouailles.

Personnellement, je lutte ici et là ou ailleurs pour la défense des droits de l’homme. C’est un devoir pour tous les progressistes, un nécessaire combat permanent mais je dénie à Bush et à ses semblables le droit de se présenter en porte-drapeaux.

Le Furet.

 

22:20 Écrit par PC Charleroi dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |