10/08/2010

Les « Khmers rouges » et leurs soutiens : quelques rappels utiles.

khmers.jpgJe trouve, dans le « Soir » du 2 avril (2010) une Carte blanche de la plume d’Anne Morelli, « secondée » par Jean Bricmont, et tendant à « dédramatiser » le soutien apporté pendant les années septante aux Khmers rouges, par une poignée de « sympathisants belges » férus de « radicalité ultra-révolutionnaire »…à grande distance.

A l’appui de leur « indulgence », les auteurs rappellent une partie du contexte dans lequel s’est inscrite la tragédie cambodgienne, en dénonçant à juste titre la « stratégie


d’encerclement » nord-américaine, avec recours massif aux bombardements exterminateurs, avec défoliants et napalm, contre l’héroïque peuple vietnamien. Ils évoquent à bon droit, à ce propos, le soutien « paradoxalement » apporté par les Etats-Unis…précisément à ces mêmes Khmers rouges, tout en affirmant que ceux-ci « n’en faisaient qu’à leur tête, fermés à toute influence étrangère, même venant du camp communiste ».

En revanche, les signataires de la Carte blanche ne pipent pas mot, à propos du fait « à peine croyable » que les Etats-Unis, après leur retrait du Sud Vietnam en 1975, ont poursuivi leur politique antivietnamienne et pro-Khmers-rouges par les voies économique et diplomatique, en étroite symbiose avec la Chine post-maoïste (et pré-Tien An Men), une Chine qui n’allait guère tarder à attaquer militairement le Vietnam par le Nord (1979), pour le « punir » d’avoir renversé les émules cambodgiens de la pire variante de la « Révolution culturelle ».

Taire la formation et l’action, à l’époque, de cette coalition américano-chinoise (ou sino-américaine) - avec le soutien de la plupart des gouvernements ouest-européens dont le belge- est pour le moins anti-historique.

Du reste, lors de la visite effectuée en 1983 à Pékin, par une délégation du PCB-KPB, à l’invitation de la Direction d’alors du PC chinois, en vue du rétablissement des relations entre ces deux partis, « nous, Belges » n’avons pas manqué d’interroger nos éminents interlocuteurs (Kao Chi en tête), sur ce que leur participation à cette coalition avait de « paradoxal ». Mais nous n’avons rien obtenu d’autre comme réponse, qu’une répétition des « justifications » de leur attitude double à l’égard des tenants d’un gauchisme échevelé – et meurtrier – en Chine d’une part et au Cambodge de l’autre.

Si j’ai estimé nécessaire de relever cette flagrante occultation de faits « plutôt étonnante » dans la Carte blanche citée, ce n’est pas seulement par souci de la vérité historique: c’est aussi qu’en la présente ère de crise profonde d’un capitalisme entretemps sorti vainqueur de la confrontation Est-Ouest et de multi- polarisation du monde, la gauche anti-impérialiste européenne a le droit (et à mes yeux le devoir) d’opter lucidement pour un engagement non-aligné, par rapport non seulement aux « lieux de pouvoir » politiques et économiques des deux bords de l’Atlantique, mais aussi aux « puissances émergentes » (et expansives) quelles qu’elles soient.

En effet, comme le suggèrent eux-mêmes, fût-ce dans une optique particulièrement « borgne », les auteurs de la Carte blanche que je mets en cause, il n’est guère recommandable, pour repérer « nos amis », de s’inspirer du critère schizophrénique, selon lequel « les ennemis de nos ennemis » seraient automatiquement du nombre. Car le risque n’est alors que par trop grand d’avaler des couleuvres parmi les pires…

Louis Van Geyt, ancien président national du PCB-KPB

08:53 Écrit par PC Charleroi dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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