06/03/2011

Le communisme n’est pas une utopie

politique,communisme,utopieDe nos jours, plus de vingt ans après ce que les « penseurs » du néo-libéralisme ont qualifié de « fin de l’Histoire », les médias dans leur ensemble et de nombreuses personnes ne cessent de voir l’idée communiste comme une « utopie »… Mais quel est le sens de cette rhétorique martelée jusqu’à la nausée, tant par la droite que par une certaine gauche ( ?) sociale-démocrate (à moins que ce ne soit socio-libérale…) ou écologiste (même constat…) ? Quelle implication pour le mouvement ouvrier ? Et surtout, y-a-t-il encore un avenir pour les idées de Marx ? (1)


Pour les amateurs d’étymologie, rappelons  au passage que le mot utopie, popularisé par Thomas More dans son ouvrage du même nom (2), se base sur  deux sens différents, issus du grec ancien : « lieu de bonheur » et « lieu qui n’est pas ». Sans forcément connaître l’origine exacte du mot, les gens comprennent souvent très bien ce à quoi il renvoie, à savoir une rêverie, une chimère, une  «  inaccessible étoile », et, dès lors, dans la logique de compétitivité et l’utilitarisme ambiant, une simple perte de temps. C’est la logique voulant que : « le capitalisme n’est pas parfait, mais il n’y a que ça qui marche, alors bouclez-la ! ». Et il faut dire que, petit à petit,  cette idée commence à s’enraciner dans la tête des gens… Parallèlement, on peut voir l‘émergence de certains courants autoproclamés de « gauche » réhabilitant confusément Fourier, Saint-Simon, Proudhon, dans une soupe plutôt indigeste…

Dans un premier temps, et avant d’en venir à notre démonstration proprement dite, il faut admettre, en tant que communiste, que les expériences se réclamant à des degrés divers des analyses de Marx ne furent pas  des modèles de réussite sur tous les plans. Mais il serait tout aussi malhonnête de ne pas leur reconnaître des réalisations certaines, particulièrement dans les domaines de l’éducation, des soins de santé,… soulignées entre autre par les profondes régressions sociales connues depuis la « chute du communisme » notamment dans ce qu’il était convenu d’appeler autrefois le « Bloc de l’Est »(3).

En ce qui concerne les idées de Fourier et des autres évoqués plus haut, c’est ici qu’il devient malhonnête de qualifier l’idéal « marxiste » (4) d’utopie. Certes, des phalanstères et autres communautés pseudo-égalitaires ont fonctionné pendant quelques temps, mais généralement  (toujours ?) appuyées par les donations de la bourgeoisie, vivant en vase clos, et échouant systématiquement. On peut d’ailleurs voir ce phénomène ressurgir épisodiquement, dans les communautés hippies, du type Auroville notamment. En fait, loin d’être des modèles alternatifs, ces sociétés ne sont en fait que des éléments permettant au système de s’auto-justifier, sans jamais attaquer les causes fondamentales des inégalités et de la barbarie capitaliste. Une alternative à bon compte pour  le système, car condamnée à plus ou moins brève échéance, et, surtout, laissant sagement de côté toute dénonciation argumentée. Expériences, qui, pour le compte, méritent le qualificatif d’utopies, à notre sens, car lieu d’un bonheur promis et impossible à atteindre,  ne s’attaquant pas aux fondations de la domination capitaliste et s’empêchant dès lors de renverser la dite domination (5).

Les idées de Marx, et les mouvements s’en réclamant, sont, par contre, systématiquement déclassés, soit en les réduisant aux aspects négatifs de telle ou telle expérience, soit en les qualifiant d’utopie pour doux rêveurs. Le texte ici présenté n’a pas pour vocation d’entrer dans le débat concernant le premier type de relégation, mais bien de contredire le qualificatif d’utopie. Si l’on se rapporte à l’histoire du mouvement ouvrier, c’est spécifiquement contre les expériences et les révolutionnaires se revendiquant de Marx que les défenseurs du capitalisme se sont tournés : attaque des Occidentaux visant à étouffer la Révolution d’Octobre dans l’œuf, assassinat de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, emprisonnement de Gramsci,  dénigrement systématique et mesures de rétorsions à l’encontre de Cuba, luttes impérialistes au Vietnam, et la liste est très loin d’être exhaustive… (6) On peut dès lors s’interroger : pourquoi s’attaquer à des expériences de toute façon vouées à retourner rapidement aux oubliettes de l’histoire ? Simplement parce que le communisme n’est pas une utopie : cette idée s’attaque avec raison aux fondements même du système, remet dangereusement en question le capitalisme, et, loin de s’arrêter à une simple dénonciation, est un vrai moyen d’action pour le mouvement ouvrier, une « caisse à outils » permettant de démonter progressivement  les rouages de l’inégalité et de la barbarie. Certes, les échecs et les renonciations au sein du mouvement communiste furent nombreux, mais n’en est-il pas ainsi de toutes les expériences humaines ? Le communisme n’est pas une abstraction, une rêverie de salon, c’est une « idée » qui se transforme en action, et probablement le seul moyen (7) de renverser pour de bon les prisons du Capital. Non, définitivement, le communisme n’est pas une utopie…

Mais quel est l’intérêt d’une telle réflexion ? Loin d’être une simple question sur un mot, c’est vraiment d’une question politique qu’il s’agit. Depuis plusieurs décennies, le mouvement ouvrier est profondément divisé, et l’effondrement de l’URSS n’a fait qu’accentuer un sentiment d’échec déjà bien présent en son sein. Il n’est pas rare d’observer un profond rejet de la part des travailleurs à l’encontre de l’ « idée communiste », travailleurs qui se résignent dès lors à se tourner vers une social-démocratie ayant renié tous ses fondements, à nier toute utilité au combat politique, voire à voter pour une droite ultraréactionnaire pour ne pas dire ouvertement fasciste. Dès lors, le rôle des militants communistes dans leur diversité est de faire comprendre aux travailleurs que leur intérêt n’est pas là, mais que seule une action fondée sur les analyses toujours vivantes de Marx et de ses continuateurs permettra de dépasser le capitalisme. Cela ne veut pas dire pour autant proposer un retour aveugle à des formules ayant manifestement échoué, ni à proposer de fumeux concepts révolutionnaires « clefs sur porte » pour l’occasion réellement utopiques, mais bien montrer que les communistes ont à cœur de comprendre le monde dans lequel ils vivent, et s’attachent aux problèmes réels des gens, afin de mieux  démonter la mécanique barbare du capitalisme, résolument, implacablement, et de réaliser ce qui est non seulement possible (et c’est la qu’est la différence avec l’utopie), mais, plus que jamais, nécessaire...

Non, répétons-le, le communisme n’est pas une utopie !

1. On ne saurait trop conseiller la lecture du dernier numéro d’Actuel Marx, de septembre 2010.

2. À ce propos, se rapporter à DROZ (J.), sous la dir.de, Histoire générale du socialisme, en 4 vol. PUF.
3. Voir sur le site :  http://www.legrandsoir.info/En-URSS-on-vivait-mieux.html, basé sur un rapport de l’Unicef.
4. Je mets ici entre guillemets, Marx répugnant lui-même à cette appellation qui confine trop souvent à des simplifications hasardeuses et à un dogmatisme borné.
5. Attention toutefois de ne  pas jeter le bébé avec l’eau du bain, ces penseurs du « socialisme utopique » ayant
joué un grand rôle dans le questionnement intellectuel de Karl Marx. À ce propos, voir les cahiers Marx à mesure, disponibles librement sur le site de l’Association culturelle Joseph Jacquemotte.
6. Pour ces différents sujets, se rapporter entre autres au dernier hors –série du Monde Diplomatique,L’atlas histoire,  Histoire  critique du XXe siècle, p.20-23 et sv.
7 Ce qui n'implique pas qu'il soit monolitique...

D'Agostino François

16:01 Écrit par PC Charleroi dans Actualité, politique, société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, communisme, utopie |  Facebook |

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