26/04/2011

Impression de la place Tharir

egypte,place tharir,révolution,moubarak,gauche unie européenneLes 19, 20 et 21 mars derniers, Willy Meyer député européen de « Izquierda Unida » (et du Parti communiste d'Espagne) a pris part, avec Mireia Rovira du staff GUE/NGL, à une visite au Caire comme membre de la délégation officielle du Parlement européen.  Vous trouverez ci-joint son récit et ses impressions.

Le 20 mars, les Égyptiens ont voté lors d'un referendum pour le changement ou non de l'actuelle constitution de façon à suivre la direction initiée par la Révolution de la Place Tharir: la fin du régime de Mubarak.


Les frères musulmans (islamistes libéraux), l'armée et le reste des forces du régime ont défendu le «oui». La jeunesse, la gauche plurielle, les syndicats, les forces du centre et les libéraux – à savoir tous ceux qui ont joué un rôle dans la révolution – ont défendu le «non», insistant sur la nécessité de faire démarrer un processus véritable et cohérent.

Il y a eu une faible participation, 41%, et une totale absence de contrôle international. Le résultat a été de 77,2% en faveur d'amendements pour réformer la constitution actuelle et 22,8% contre.

Comment pouvons-nous interpréter ce résultat?

Les 19, 20 et 21 mars derniers, j'ai pris part, avec Mireia Rovira du staff GUE/ENGL, à une visite au Caire comme membre de la délégation officielle du Parlement européen. Cette visite m'a donné l'occasion d'échanges de points de vue avec des acteurs de la révolution et aussi avec ceux qui espèrent la réorienter pour éviter de grands changements.
Les rencontres officielles ne comprenaient pas la représentation la plus active de la Révolution de Tharir. Les officiels étaient:

– Ambassadeur des États-Unis
-  Ambassadeurs de l'Union européenne
–  Amre Mousa, Secrétaire général de la Ligue arabe
–  le Premier ministre Essam Sharaf
–  le Ministre des affaires étrangères El Araby
–  Pope Shenouda de l'église copte
–  les Frères musulmans
–  le parti El Ghad
–  le parti Al Wassat
– le parti Tagammu

Il y eut seulement une rencontre avec une partie de la société civile et les défenseurs des droits de l'homme (sans la présence des syndicats) ce qui nous a permis d'avoir des témoignages de première main sur la situation pendant les jours de la Révolution et après.

Ce furent les rencontres hors agenda qui nous ont donné l'information pour comprendre les clés de la Révolution et le référendum.

Nous avons tenu un meeting avec une délégation du parti Communiste d'Egypte (Salah Adly et Mohamed Fakruldeen), avec un représentant des Syndicats et aussi avec Samir Amin.

LA REVOLUTION En 2006, dans le delta du Nil, dans la ville industrielle de Al-Mahalla, les syndicats hors régime appelèrent à une grève générale qui a paralysé le pays. Ces syndicats créèrent un Comité Syndical.

Cette grève s'est étendue aux autres villes égyptiennes en 2007, 2008, 2009, 2010 et 2011. Le Comité syndical avec la jeunesse et d'autres secteurs de la société ont pris part aux manifestations de la Place Tahrir, même avec des tentes sur la place.

Cette base sociale de la Révolution a été ignorée des médias internationaux.

La convergence des luttes des travailleurs avec la jeunesse et la classe moyenne libérale et démocratique a créé une véritable insurrection démocratique organisée sans leader.

Leurs demandes étaient toutes relatives aux droits universels et sociaux, la liberté, la création d'emplois et des salaires honnêtes, une nouvelle Constitution et le démantèlement du régime. La religion – comme il est apparu en Tunisie – n'étaient pas dans leurs demandes.

La jeunesse, représentant 63% de la population égyptienne (l'âge moyen est de 24 ans), démocratique et anti-impérialiste catalysa un mouvement sans précédent sur la place Tahrir qui a servi de porte-voix à toutes les manifestations en Égypte. Un million de personnes devint, en quelques jours 15 millions.

Nous devons prendre en compte qu'il n'y avait pas de partis d'opposition légaux contre le régime. La gauche marxiste, déclarée illégale, est assez divisée. Le Parti communiste n'a été légal qu'entre 1922 et 1924, et c'est maintenant, après le 13 mars 2011, qu'ils ont décidé de faire démarrer leur activité publique.

Un «Comité nationale pour le Changement», qui rassemblait tout le front anti-Mubarak, a été l'instigateur de la chute de Mubarak. Dans ce Comité, le PC est très actif, parmi d'autres. Ils ont créé une station de radio qui émettait en direct de la place Tahrir.

Comme Samir Amin l'a expliqué, ce mouvement a été constitué par:

–   la jeunesse anti-impérialiste, démocratique et pas très idéologique, mais qui regarde avec sympathie vers le Parti communiste et les Forces marxistes.
–  les classes moyennes démocratiques et libérales, mais pas anti-impérialistes.
–  les syndicats non officiels.

Face à ce bloc ou mouvement, l'armée égyptienne, alliée aux EU (elle reçoit 1,3 million de dollars par an), avec les frères musulmans (tolérés par Mubarak), les classes moyennes fanatiques et le reste de la machine d'Etat a établi une stratégie, après la chute de Mubarak, destinée à freiner la poussée révolutionnaire et, dès lors, reprendre leur hégémonie.

LE REFERENDUM

Le 13 février, le Conseil suprême des forces armées égyptiennes a suspendu la Constitution, après la démission de Mubarak.

Le 20 mars, le référendum sur 9 amendements à la Constitution proposé par le Conseil suprême des Forces armées égyptiennes a débuté. Ces amendements proposaient de réduire le mandat présidentiel de 6 à 4 ans, l'établissement d'un maximum de 2 mandats présidentiels pour la même personne et que le président nommera un ou plusieurs vice-présidents endéans les 60 jours après son investiture.

Mais peut-être que l'article le plus significatif de ces amendements est celui qui ouvre la voie vers un processus de transition concret: des élections parlementaires auront lieu dans les 6 mois et un comité de 100 hommes sages qui rédigeront la future constitution, sera nommé, bien qu'il ne soit pas clair de savoir par qui.

Dans un pays où les partis et les syndicats sont illégaux, avec une armée qui règle et contrôle la situation, le référendum qui propose ces changements à la Constitution signifiait pour certains secteurs comme le reste de la machine d'Etat, le meilleur moyen pour reprendre en main la Révolution et la contrôler.

Les principaux acteurs de la révolution étaient contre ces amendements parce qu'ils demandaient un réel processus constitutionnel, contrairement au bloc YES (constitué par les frères musulmans, l'Armée et les restes du Parti démocratique national, avec le soutien des États Unis).

La victoire du YES, avec une faible participation, montre que ce scénario est toujours possible. Si les forces politiques et sociales qui ont fait la Révolution s'organisent, la porte pour arriver à une nouvelle constitution sera toujours ouverte. C'est ce que Samir Amin nous a dit.

Ahmed Maher, l'un des leaders de la jeunesse du mouvement du 6 avril nous a dit qu'il ferait un tour d'Europe pour informer sur la Révolution, en commençant par Grenade (Espagne).

LE RÔLE EMBARASSANT DE L'UNION EUROPEENNE

Comme les États-Unis, l'UE était une collaboratrice de Mubarak, puisqu'elle a donné son accord à une association dont le but était de garantir la liberté du commerce sans demander l'application de  l'article 2 sur le respect des droits humains.
L'approche habituelle de l'UE, et celle des principaux groupes politiques, est d'influencer le processus  de changement de manière à éviter une orientation progressiste, de gauche et anti-impérialiste des nouvelles institutions égyptiennes.

C'est un véritable exemple donné lors de la conférence de presse par le président du Parlement européen, Jerzy Buzek (polonais-PPE) à la fin de notre visite, se proposant lui-même de partager les expériences des processus en Europe centrale et orientale avec la société civile égyptienne.

En d'autres termes, éviter le progrès des idées socialistes en Égypte.

Les fondations des partis politiques européens vont investir beaucoup d'argent et de ressources pour soutenir les forces conservatrices, libérales et de droite. Cela a déjà été annoncé.

Je suis persuadé que, dans la mesure de nos possibilités, nous devrions faire de même de façon à aider la révolution. La société civile nous a expliqué qu'il y a encore des arrestations et des tortures commises par les forces de police et militaires.

Nous étions supposés rencontrer Ragia Omram, membre de la Coalition de la Jeunesse de la Place Tahrir, mais nous n'avons pas pu parce qu'elle a été arrêtée le jour même du référendum. Lors de notre rencontre avec le Premier Ministre, Essam Sharaf, je lui ai montré notre inquiétude à propos de ces arrestations et ces tortures et il m'a répondu que Ragia Omram a été arrêtée et finalement relâchée le jour suivant, et il s'est engagé lui-même à en finir avec ces pratiques.

Willy Meyer (GUE/ENGL MEP)

(Traduction par Jean et Nicole - PCWB)

 

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