11/05/2011

Discours du 1 er à Quaregnon

labonnevoix!.2.jpgLes communistes ont fêté le 1 er mai comme d'habitude dans leur région. Traditionnellement, depuis de nombreuses années, les communistes de Charleroi rejoignent les rangs de la FGTB pour fêter le 1 er mai avec les travailleurs et leur organisation syndicale. Ce fut encore le cas cette année comme en témoigne le reportage photos que nous insérons sur l'Etincelle. Dans le Borinage. à Quaregnon comme tous les ans, le PC tient meeting à la Maison ouvrière. Pierre Eyben, un de nos porte-parole avait été invité à y prendre la parole. Nous reproduisons son discours.


Chers camarades,


Je voudrais tout d’abord vous remercier de m’offrir l’occasion d’être parmi vous.  C’est un réel plaisir.


Il est de coutume le 1er mai de regarder avec nos yeux de travailleurs comment se porte notre pays et quel est la situation sur le front des luttes sociales. A l’heure où nous sommes abreuvés en continu d’images venues d’un peu partout à travers la planète, il est bon également en tant que citoyen du monde de se demander comment celui-ci se porte.

Pour celles et ceux qui ont les yeux bien ouverts, il peut sembler de prime abord que c’est  une tâche bien ingrate que celle là, sans ôter à ce 1er mai son caractère festif. Mais s’informer sur ce monde et lutter pour un autre monde, juste et solidaire, soucieux des générations futures, en un mot communiste, c’est aussi je pense ce qui donne sens à nos existences. A l’heure où la publicité veut nous réduire à l’état de simples consommateurs, à l’heure où le monde politique s’embarrasse peu de nos aspirations,  s’informer et agir est un acte politique.

Comment se porte le monde ?


A l’arrivée de Barack Obama, certains espéraient un frein à l’impérialisme américain, à cet interventionnisme intéressé aux relents de ressources fossiles qui déstabilise des régions entières, stigmatise des populations et attise la haine.  Irak, Afghanistan, la logique se poursuit pourtant.  Symbole des renoncements du candidat Obama, à Guantanamo, des hommes sont toujours détenus en toute impunité. En plein déclin économique, les USA risquent bien de jouer toujours davantage la carte militaire afin de maintenir leur position de leader mondial.

Heureusement, un agréable vent chaud a traversé la Méditerranée ces derniers mois. En Tunisie et en Egypte des peuples, et en particulier de nombreux jeunes, ont montré que le terme de révolution rimait avec présent, qu’il était possible de renverser les régimes les plus répressifs quand se lève le peuple. Dans plusieurs autres pays aussi, en Syrie, au Yémen,  en Lybie, des événements d’importance sont en cours. Bien évidemment, nous devons être attentifs à ce qui résultera de ces expériences.  Partout déjà, l’on voit des pays occidentaux s’immiscer dans les luttes en cours.  Là pour soutenir les révoltés comme en Lybie, là pour ignorer la répression des autorités comme au Yémen.  Soyons certains que ces interventions ne sont pas désintéressées.  Ici du pétrole, là, la volonté de distraire son opinion de la réalité nationale. Reste qu’il est toujours réjouissant de voir des peuples prendre en main leur destin. 

Comment se porte notre pays ?

Dans les médias, on nous abreuve en permanence de l’incapacité de sortir de la crise institutionnelle. La vérité est qu’il faut acter en même temps deux faits d’importance. 
Le premier est qu’il existe aujourd’hui un réel clivage entre nord et sud du pays, clivage qui dépasse le simple microcosme du monde politique.  Qu’un tiers de la population en Flandre déclare encore aujourd’hui son intention de voter pour un parti comme la NV-A n’est pas anodin. C’est un réel problème.  On peut discuter de la genèse de cette situation.  Est-ce le clivage historique entre deux populations qui conduit à la séparation progressive entre Flandre et Wallonie ?  Est-ce une élite flamande qui soucieuse de ne plus payer pour les « paresseux wallons » a instrumentalisé partis politiques et médias pour conduire à ce divorce ?  Est-ce la réminiscence d’un temps où la bourgeoisie francophone régnait sur le pays ? C’est sans doute un mélange de tout cela. Reste que la séparation semble profonde et que les appels à l’unité rencontrent fort peu d’écho.

La seconde est que cette soupe communautaire permet de ne plus aborder sérieusement les questions économiques, et en particulier, l’accroissement des inégalités, inégalités qui ne connaissent pas de frontière linguistique.


La part des salaires dans la richesse produite ne cesse de  baisser. Le rapport entre pension brute et salaire moyen brut est plus faible en Belgique, 42%, que dans les pays voisins. Elle est de 53% en France , de 88% aux Pays –Bas 88%. L’écart entre hauts et bas revenus se creuse. Le salaire des top-managers est  18 fois supérieur au salaire moyen.


Comble de malhonnêteté, certains patrons relayés par quasi l’ensemble de la classe politique pointe comme raison à la crise actuelle le coût, soit disant, trop élevé des salaires. Que disent les chiffres ? La part des coûts de personnel dans les coûts de production, qui est de 12%, est moins élevée en Belgique que dans les pays voisins.  En Allemagne, elle est de 20%, dans l’Europe des 27 de 16.5%. Ce coût a donc une importance moindre pour déterminer la sacro-sainte « compétitivité » de l’industrie belge que d’autres facteurs comme les coûts de l’énergie.  Cela est peu dit par nos apôtres de la « modération salariale » mais l’industrie belge est une plus grande consommatrice d’énergie que ses voisins. L’énergie intervient à hauteur de 8% dans les coûts de production chez nous. Et quel hasard étrange, dans le même temps, Electrabel réalise des bénéfices records.  Fruit de la libéralisation et de la positon quasi monopolistique d’Electrabel, Industrie, mais aussi et surtout chacune et chacun d’entre nous, payent leur énergie bien trop cher, faisant exploser les bénéfices des actionnaires, au premier rang desquels le milliardaire Albert Frère. La seule rente nucléaire s’élève à 2 milliards d’euros selon la CREG, et certains semblent se féliciter de la possibilité d’en récupérer moins d’un quart.  Pour les communistes, c’est l’intégralité de la rente nucléaire  qui doit être ponctionnée et affectée au développement de mesures d’économies d’énergie et à la transition vers des énergies renouvelables


Autre secteur important, la santé. La part de l’intervention publique dans les coûts de santé pour les patients baisse. Dans les années 90, l’intervention personnelle n’était que de 10%. Elle dépasse maintenant les 27%. La part de l’intervention publique est plus importante en France, en Allemagne ou encore aux Pays-Bas. Le paradis belge en termes de soin de santé est de plus en plus un leurre.


Enfin, secteur essentiel pour celles et ceux comme nous qui combattent la dictature des marchés, les services publics sont au plus mal.  Un à un ils sont sacrifiés, se muant en quasi monopoles privés qui rançonnent la population.  Un exemple important sur lequel Parti Communiste a mené le combat est celui de la Poste, rebaptisé b-post pour des raisons de marketing.  Evaluée à peine à 600 millions d’euros et vendue à 50% à un fonds d’investissement privé, acteur symptomatique du capitalisme financier, la poste connaît une mue brutale.  En 5 ans, les dividendes annuels versés aux actionnaires n’ont cessé de croître (cette année plus de 215 millions d’euros).  Ils ont été multipliés par cinq. 16% de rendement en moyenne sur 5 ans, plus de 30% cette année : les actionnaires de la poste ont un autre rendement que notre compte épargne. Quant à Johnny Thijs, il recevra 1.07 million d’euros. Dans le même temps, plus de 6.500 emplois ont été sacrifiés.  Dans le même temps, le timbre belge  est devenu un des plus chers d’Europe.  Le prix standard pour l’envoi d’une lettre en Belgique se chiffre à 0.71 euros quand la moyenne européenne est de 0.55 euros. Dans le même temps, la moitié des bureaux de poste ont été supprimés. Le PC Wallonie-Bruxelles réclame le retour à une poste 100% publique !


Et si l’on n’a pas d’argent pour financer des politiques publiques importantes pour la population, c’est parce que les cadeaux fiscaux se multiplient.  Le taux de l’impôt des sociétés en Belgique est totalement bidonné. Le taux tel que défini par la loi est de 33,99%. Mais c’est un leurre qui sert principalement à étayer les lamentations et les comparaisons internationales peu flatteuses. Le taux réel qui correspond à l’impôt effectivement payé par les sociétés sur les seuls résultats positifs des sociétés était de 19.9% en 2001,  13,6% en 2008.  Il est en baisse constante alors que l’on sait qu’il faudra de l’argent pour combler le trou laissé par la crise financière. Mais certains préfèrent assurément s’attaquer à la population en annonçant déjà des plans d’austérité que d’aller chercher l’argent dans la poche des super riches et des responsables de la crise. Ce n’est pas le cas du PC !


Dans ce contexte, la responsabilité de la gauche anticapitaliste est d’unir ses forces afin d’informer la population et d’offrir une alternative politique crédible. Nous devons offrir une véritable vision écologique qui établisse le lien entre exploitation de la planète et logique de profit, qui prône la solidarité avec les générations futures sans oublier celle entre les générations actuelles.  Nous devons offrir un véritable socialisme qui combatte la logique du marché envahissant toutes les sphères de l’activité économique, qui prône une véritable répartition des richesses et un transfert capital travail massif, et qui enfin rende un rôle central à un outil démocratique de justice que nous appelons Etat. 


C’est un défi d’importance mais enthousiasmant.  Sans sectarisme, heureux d’entendre d’autres points de vue mais conscients des apports qu’ils peuvent offrir, les communistes doivent donner toute leur contribution à cette démarche unitaire.  Chacun de nous peu apporter sa contribution.


Chers camarades, je vous souhaite un excellent premier mai, un premier festif et combatif.

Pierre Eyben

18:42 Écrit par PC Charleroi dans politique, politique internationale | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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