24/05/2011

Réponse de Monsieur Dallons à la question de Madame El Bourezgui

charleroi,cpas,dallonsJournée internationale d’action contre la discrimination raciale

Au-delà de la journée du 21 mars, votre question aborde plus largement la thématique préoccupante du racisme et des discriminations ethniques.

C’est pourquoi je souhaite vous apporter une réponse globale sans pour autant omettre le point de départ de votre interpellation. Quatre réflexions particulières suivront un commentaire général et s’efforceront de répondre au mieux à vos questions plus ponctuelles.


Un commentaire général

Certes, mon commentaire général s’appuie sur une généralité mais que je ne pourrais manquer de rappeler. La voici : une ville historiquement multiculturelle comme la nôtre se doit tout particulièrement de combattre les comportements à caractère raciste, antisémite ou xénophobe. Le diagnostic que vous posez sur les phénomènes racistes, sur leur terreau socio-économique, sur leurs amalgames aussi douteux que malveillants, et sur les difficultés telles que l’insécurité qui les alimentent, ce diagnostic, est évidemment, partagé par tous les représentants des partis démocratiques au sein de notre assemblée.

Or, la nature même de ce diagnostic partagé appelle, au plan de l’action, des partenariats et des actions transversales.

De manière concrète, une politique de lutte contre le racisme doit premièrement prendre en compte la multitude d’acteurs qui s’y impliquent soit directement, soit indirectement lorsqu’ils luttent contre les racines du phénomène.

Bon nombre de ces acteurs ne sont pas des services mais des partenaires de la Ville, à l’instar du centre régional d’intégration de Charleroi, sur lequel je reviendrai ponctuellement afin de répondre à une de vos interrogations.

D’autres acteurs relèvent directement de l’autorité communale. Certains ont pour vocation directe de lutter en faveur des valeurs démocratiques: pensons au service d’égalité des chances que vous mentionnez, mais aussi, par exemple, aux actions que soutiennent mes collègues Anne-Marie Boeckaert et Eric Massin, respectivement en charge des associations patriotiques ou du civisme. Pensons également au projet de citoyenneté active que ma collègue Françoise Daspremont proposait au Collège il y a quelques mois.

Sous l’aspect communal toujours, un travail intense et quotidien est mené au fil d’une multitude de petites actions de proximité via la prévention de l’insécurité, via l’éducation à travers notre réseau d’enseignement. Dans quelle mesure aussi, le réseau local de lecture publique ne contribue-t-il pas à diffuser un peu de ce qui est l’antidote idéal du racisme, à savoir la culture ? Et d’autres exemples pourraient être ajoutés.

Ce commentaire général me permet d’aborder la première de vos questions ponctuelles.

1. L’absence de manifestation particulière lors de la journée contre la discrimination raciale

Vous l’aurez compris, l’absence d’activité particulière cette année à Charleroi ne procède pas d’une indifférence face au racisme. Deux raisons méritent plutôt d’être prises en considération. La première tient à la nature même des stratégies de lutte contre le racisme. Ainsi que je viens de m’en expliquer, un travail transversal, de proximité, en prise sur la vie quotidienne des habitants, impliquant des partenaires publics et non publics, constitue un vecteur autrement plus efficient de lutte contre le racisme qu’une journée symbolique une fois par an.

Est-ce dire que cet aspect symbolique doit être totalement dédaigné. Je ne le pense pas, mais c’est ici qu’intervient une seconde raison.

Cette seconde raison tient en la multiplication de journées thématiques en tous genres, toutes aussi importantes les unes que les autres (justice sociale, santé, Croix-Rouge, sida, droits de l’homme, solidarité humaine, lutte contre la pauvreté, etc…). Toutes comportent une légitimité indiscutable, mais nos services s’épuiseraient dans l’organisation systématique d’événements lors de ces journées symboliques. Pire, leur contribution au travail quotidien et plus efficace que j’abordais à l’instant serait drastiquement réduite.

Ceci étant, vous apprécierez certainement la manifestation organisée conjointement avec ma collègue Latifa Gahouchi lors de la journée internationale de la Tolérance du 17 novembre dernier. Nous avons pu y mettre à l’honneur des élèves de notre réseau communal qui avaient remporté un concours de dessins illustrant le rejet du racisme. Le dessin des lauréats avait été agrandi pour servir de pavoisement sur nos principales maisons communales. C’est encore aujourd’hui le logo carolo de la Tolérance.

2. Bonnes pratiques communales.

a) La circulation des courriels xénophobes échangés par des agents communaux sur le réseau communal.

Je vous rejoins totalement dans la dénonciation de cette pratique.  Signalons en outre qu’elle est formellement interdite, ainsi que le stipule l’article 4 de la charte informatique approuvée par le Collège sur l’initiative de mon collègue Paul Ficheroulle.

b) L’ouverture apportée à la diversité

La décision du Conseil communal à laquelle vous faites allusion en matière d’égalité connaît effectivement un début de mise en œuvre avec la réalisation amorcée par le service d’égalité des chances puis reprise par la GRH d’un cadastre genré du personnel. Le volet « personnes d’origine étrangère » n’a pas encore été abordé. Toutefois, le service de la GRH dispose d’une méthodologie conçue par celui de l’égalité des chances.

c) Bilan annuel du service Egalité des Chances

S’agissant du bilan de l’égalité des chances, une lecture attentive du rapport administratif annuel ou des commentaires de budget, deux documents déjà en votre possession, vous fournirait une information très complète. Je n’y reviens que pour souligner quelques éléments tels que l’orientation continue et l’accompagnement des demandeurs d’aide confrontés à des difficultés d’intégration sociale ou le soutien aux actions ponctuelles du collectif « citoyelles ». Elles se situent d’ailleurs à l’intersection du genre et de la question des personnes d'origine étrangère.

Enfin, un partenariat est en voie d’élaboration avec le Centre de l’Egalité des Chances qui souhaite trouver en notre service communal un référent local.

3. La valeur ajoutée du CRIC

Comme vous le signalez, une disposition décrétale assure une contribution financière de la Ville au CRIC (Centre Régional d’Intégration de la personne étrangère de Charleroi). Dans bon nombre de ses initiatives relatives au territoire de notre Ville, le CRIC et notre service (sans oublier par ailleurs le CPAS) sont étroitement associés.

Vous me permettez en outre de souligner tout particulièrement l’excellente coopération entre divers services de la Ville, notamment à l’initiative de ma collègue Françoise Daspremont, ou du CPAS et le CRIC.

Avec d’autres acteurs associatifs, cette collaboration a débouché sur la mise en place d’un guichet d’accompagnement lors de la dernière opération de régularisation des « sans papiers » décidée par le Gouvernement fédéral.

De manière générale, la valeur ajoutée du CRIC repose sur le fait de fédérer les multiples acteurs déjà évoqués dans un plan local concerté d’intégration, et régulièrement évalué. Si vous souhaitez des informations supplémentaires sur ce sujet, je ne peux que vous renvoyer vers le nouveau président du Centre, votre collègue Serdar Kilic. En effet, contrairement à la tradition et à la logique, ce n’est plus l’échevin de l’Egalité des Chances qui exerce cette charge.

4. Votre proposition d’installation d’un conseil consultatif des personnes d’origine étrangère

L’installation d’un conseil consultatif des personnes d’origine étrangère dans notre Ville trouverait naturellement sa légitimité dans le contexte multiculturel que nous connaissons.  C’est pourquoi votre suggestion mérite d’être examinée sérieusement.

Toutefois, au vu de la multiplicité des acteurs extérieurs, du nombre de services communaux concernés et des problématiques variées que devrait prendre en comptes cet organe consultatif, une autre piste mériterait d’être étudiée, relative précisément au CRIC  qui vient d’être évoqué.  En effet, les implications administratives d’une immigration italienne de longue date, l’organisation de certaines fêtes religieuses musulmanes, la question du port des signes religieux distinctifs, le problème des sans-papiers, des marchands de sommeil et éventuellement des cas de mariages blancs risqueraient d’engorger bien vite les travaux d’un groupe consultatif local.  Par ailleurs, certaines de ces problématiques trouvent ou ont trouvé de quoi être traitées dans les instances existantes.  C’est la raison pour laquelle je serais davantage enclin à un recentrage de la question plus limité de la lutte contre la xénophobie et contre le racisme en s’assurant qu’une forme de vision coordonnée est nécessaire. Si tel est le cas, il m’apparaît qu’une plate-forme thématique apporterait le bénéfice de la souplesse.  Dans le cadre d’une problématique plus large, il me semble que le comité d’accompagnement du CRIC ouvert à tout acteur qui désire s’y impliquer et mettre en œuvre la diversité, chargé en outre de suivre d’évaluer l’exécution du plan d’ancrage d’intégration remplit déjà la fonction de l’organe supplémentaire auquel vous songez.  Je reste totalement ouvert au débat en cette matière et tout disposé à le prolonger avec vous.

Avant de conclure, je vous rappelle aussi que le CPAS n’est pas évidemment en reste dans divers partenariats ou actions propres qui s’inscrivent dans nos préoccupations. Pour n’en citer qu’un qui est en cours, je mentionnerai la circulation du spectacle exposition « devoir de mémoire » qui touche un public de plusieurs milliers de personnes.

Sachant que vous y êtes régulièrement invitée, je me réjouis à l’avance de vous y rencontrer lors d’une prochaine activité.  Vous saisirez ainsi l’opportunité de confirmer concrètement l’intérêt pour ces questions.

Dernière précision, je rappelle que le rapport de notre médiateur communal n’a pas relevé de cas de comportements à caractère raciste dans les contacts entre la population et les services communaux.

10:09 Écrit par PC Charleroi dans politique communale, social | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : charleroi, cpas, dallons |  Facebook |

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