14/07/2011

Charleroi : une ville pour les citoyens ou pour les promoteurs ?1

charleroi,exposition internationale,budget communal,déficit budgétaireCette analyse aurait pu se titrer « Charleroi, grandeur et décadence » ou « A la recherche du temps perdu » ou plus vraisemblablement encore « Main basse sur la ville », en référence au grand classique du cinéma italien réalisé en 1963 par Francesco Rosi. Elle est le fruit d’une réflexion collective sur le devenir de la première ville de Wallonie en voie de mutation. Une réflexion qui s’inscrit à contrario d’une évolution très « tendance », livrant les vieilles cités industrielles aux promoteurs, aux marchands et si peu aux citoyens. Or, c’est aussi à eux qu’il re-
vient de se choisir, de se modeler « La Ville » dans laquelle ils vivront demain qu’est destinée cette réflexion.


Grandeur… et décadence.

Il y a 100 ans, le 29 avril 1911, on inaugurait, à la Ville Haute, la Grande Exposition Internationale de Charleroi dont le but était de montrer les réalisations exceptionnelles d’une région, celle de Charleroi mais aussi de l’ensemble de la Wallonie, toutes deux à l’avant-garde de la révolution industrielle, affichant un savoir faire sans pareil dans les domaines du fer, du verre, des constructions métalliques, de la formation… ainsi qu’une richesse sur les plans culturels et artistiques. D’avril à novembre, des centaines de milliers de visiteurs arpentèrent les
allées et pavillons. Ce fut un succès total, Charleroi rayonnait sur le monde entier !

Certes, depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de la Sambre emportant avec elle, au fil de la fermeture
des charbonnages, des fleurons de la verrerie, de la construction métallique, des multiples restructurations économiques, des pans entiers de ce qui fit sa richesse ; laissant sur le carreau des milliers de travailleurs et leur famille, figeant dans le temps des quartiers de vie parfois au bon milieu de friches où la fatalité domine l’espoir d’un quelconque renouveau.

Au déclin économique, s’ajoute une déglingue politique (ce n’est pas l’objet, ici, de nous épancher sur « les affai
res » qui ont défrayé la chronique) que la ville peine à surmonter.

Ainsi, le budget 2010, voté en… octobre 2010, a empêché durant près de 9 mois la réalisation de travaux, le gel
des investissements,… Celui de 2011, voté en décembre 2010 avec un déficit de +/- 10 millions d’euros fut recalé en mars 2011, plongeant à nouveau la ville dans un immobilisme préoccupant, dont les conséquences touchent tous les secteurs de la ville. De nombreux services communaux sont totalement déficients, sans direction. La moitié des agents ne sont pas nommés ; il y a un manque flagrant de personnel dans des secteurs clés obligeant parfois des personnes à assurer seules le fonctionnement d’un service. Le personnel en maladie de longue durée n’est pas remplacé. Des ouvriers restent sans machines, sans tarmac, sans véhicules,… des services sans fax, des employés, des enseignants, des élèves sans matériel de bureau ou autre. Des chaudières défaillent en plein hiver, des bâtiments se déglinguent, des petites pannes qui durent des mois, … La crasse s’accumule dans la ville où les actes d’incivilités impunis se multiplient et où le service propreté reste mal doté en personnel et en matériel, ce qui entraîne une « privatisation » larvée de certaines activités… La sécurité reste elle-même en rade avec un cadre policier de 1150 personnes ramené à 1000 effectifs alors que les incivilités et le trafic drogue sont en augmentation et que le personnel croule sous les tâches,…
Cette sombre photographie illustre le climat de morosité qui tend à caractériser le Carolo.(A suivre)

Jacques COUPEZ, secrétaire fédéral

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