16/07/2011

Charleroi : une ville pour les citoyens ou pour les promoteurs ? (suite 2)

forinvest,mille colonnes,charleroi,palais des expositions,place albertA la recherche du temps perdu.

Pourtant, tel le Phénix qui renaît de ses cendres, ici et là de grands projets de ville se dessinent ou sont en voie
de réalisation pour tenter de redonner à la ville toute la lumière qui fut la sienne.

Qu’il s’agisse du chantier de fermeture de la boucle du métro (rue du Pont Neuf, Pont de la Résistance, Esplanade de la gare), des projets Phénix censés reprofiler le tissu urbain, (quartiers de la Place Albert, des Finances, rue de Marchiennes, du Moulin, Place de la Digue, quartier du Rivage, rue de la Montagne…), des aménagements des quais de Sambre avec la création de la « Porte des Arts » (site de l’ancienne Banque Nationale), des projets de centres commerciaux comme « Rive Gauche » (rue du Collège, Place Albert...), de Foruminvest (Esplanade du Palais des Expositions), de l’extension de Ville 2 (de 12.000 à 18.000m²)… depuis 2 ans le coeur de ville de Charleroi avec sa « Ville Basse » est en proie aux chantiers et aux projets devant lui assurer une mue sensée lui forger le paysage et la qualité de vie attendue pour traverser le 21ème siècle.


A y regarder de plus près, deux projets (Rive Gauche et Foruminvest) tout en prétendant développer de la mixité en ville (logements, bureaux, services, horeca, loisirs…) se livrent une bataille pour attirer des enseignes autour de leurs épures et créer de nouvelles surfaces commerciales au nom de la « redynamisation de la ville ». Les chiffres vont jusqu’à 90.000 m² à créer alors que le commerce se porte mal, que bon nombre de cellules du centre-ville sont déjà fermées ou dédiées aux solderies.

Face à cela, pour les promoteurs le jeu consiste à « offrir » » des équipements, des infrastructures aux villes
(nouveau palais des expos, centre de congrès, parkings en sous-sol, stade, campus, hôtel, crèche,…) et à se payer en maximisant l’offre commerciale.

Que les commerces marchent ou ne marchent pas après ce n’est plus leur problème car dans chaque cas on
construit, on vend et on se retire avec le profit tout en laissant au temps les risques de voir de nouvelles friches surgir au coeur des villes : les friches commerciales après les friches industrielles. On se croirait dans une partie de monopoly ou j’achète, je vends, je gagne !

A Charleroi, dans la lutte qui oppose les deux groupes financiers, la Ville a tranché et assurera son développe
ment autour du pôle Rive Gauche et de surfaces commerciales revues nettement à la baisse. Combien? On n’en sait encore trop rien aujourd’hui car l’auteur de projet garde le silence sur la seconde mouture de ses esquisses qu’il devrait représenter dans les deux, trois mois à venir, mais on devrait se situer bien en deçà des 27.500m² initiaux. A noter que le premier projet, jugé incompatible avec le bon aménagement des lieux, a été remballé sous la pression et les remarques des citoyens, de leurs organisations, des commerçants et in fine des décideurs politiques. Telle était la situation en novembre 2010 !

Evincé pour 10 ans, Foruminvest ( dont le projet, rappelons-le, envisageait un minimum de 40.000m² de com
merces) ne s’en laisse cependant pas conter et a décidé d’attaquer la ville.

Main basse sur la ville


Juin 2011, le nouveau projet « Rive Gauche » vient de s’ouvrir à l’enquête publique. A l’examen des documents,
on peut d’emblée s’apercevoir que ce projet reste mégalo, qu’il ne laisse place qu’à un vaste centre commercial où, sous tous les angles, on découvre une volonté bien marquée du promoteur (Groupe Saint-Lambert Promotion) de s’adjuger un pan entier de la Ville Basse pour en tirer le plus grand profit, quitte même à booster son projet jusqu’à vouloir envahir de ses constructions un tiers de l’espace public que constitue la Place Albert.

Ce grand projet commercial s’étalerait de la Place Buisset, face à la gare de Charleroi, de la rue du Collège à la
rue Puissant en englobant la Galerie de la Bourse pour aboutir sur la Place Albert avec destruction du bâtiment « les colonnades ». Bref, ce serait 31700 m² de surfaces commerciales réparties sur 4 niveaux, parking de 759 places en sous-sol, hôtel de 108 chambres, 10 logements, la coupure de la circulation sur le Boulevard Tirou et la création de deux trémies pour autos et camions en plein boulevard, qui à coup sûr engendreront dans le futur d’énormes problèmes de mobilité sur l’ensemble de la Ville Basse ainsi qu’une déstructuration importante sur le plan urbanistique et architectural,…)

(A suivre)

Jacques COUPEZ, secrétaire fédéral

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