09/08/2011

La gauche et les migrations. Pour une citoyenneté universelle

migrations,mexique,usa,ue,monde arabe,pays richesAu cours des Journées organisées par le Forum de Sao Paulo (FSP) et le Parti de la Gauche Européenne (PGE) et avec la collaboration du Parti Communiste Espagnol (PCE) pour l’organisation, les représentants de différentes organisations appartenant à ces organismes, ainsi que des dirigeants d'organisations sociales et syndicales se sont réunis à Madrid, pour aborder le rôle de la gauche face au phénomène migratoire dans et entre l'Amérique latine et l’Europe. Nous constatons l'importance de poursuivre l'analyse, la réflexion et le débat avec des conclusions concrètes et des propositions de travail opérationnelles qui nous permettent d'avancer dans notre niveau de coopération.


Tout d'abord, l'ensemble des rapports et des débats des trois tables de travail:

«Les migrations vers l'Union Européenne en temps de crise,le cas de l'Amérique latine et les Caraïbes»,
«Les politiques migratrices de l'UE: la position des partis et des gouvernements et la lutte des migrants»,
«Organisation, résistance et propositions des migrants dans l'UE», seront publiés pour servir d'instrument de travail aux différentes organisations.

Les réflexions partagées dans la majorité des interventions nous permettent de conclure qu’il y a deux grands axes significatifs de notre intervention politique dans le cadre des migrations:

Nous devons arrêter de parler des migrations à la troisième personne. Les politiques que l’on doit développer par rapport à celles-ci ne sont pas une question de solidarité ou de droits humains mais une réalité qui détermine les processus de transformation de nos sociétés. Les migrations sont présentes en Amérique latine et en Europe en tant qu'elles sont des régions d’origine, de transit et de destination. Malgré la démagogie des pays enrichis aux dépens de la majorité de la planète, le plus grand nombre de déplacements de population, pour différents motifs, se produit dans les pays du sud. L'accueil des réfugiés du conflit interne colombien par des pays comme l'Équateur ou le Venezuela, en cohérence avec les traités internationaux et face à la rhétorique surannée des États de l'UE, en est un exemple tangible. Parler des migrations à la première personne signifie renforcer la transformation des migrants et de leurs mouvements en sujets politiques actifs, défi que doivent assumer l'ensemble des forces politiques qui font face au modèle social, économique et politique néo-libéral.

La proposition politique de la gauche, dans ses différents aspects, doit libérer et approfondir le caractère central du conflit capital-travail, étant donné que les migrations ne peuvent pas être conçues en marge du développement du capitalisme néolibéral, du besoin de compter sur des travailleurs dans les meilleures conditions pour les stratégies des minorités privilégiées. Cette analyse est présente dès le début du marxisme par l’intermédiaire du concept d'armée de réserve, en considérant des processus comme celui de l’émigration de travailleurs irlandais vers l’Angleterre de la révolution industrielle, de ceux du Caucase et d’Asie Centrale vers la Russie tsariste, des pays méditerranéens vers l’Europe occidentale d’après-guerre ou encore du rôle des migrants à l'intérieur du Brésil ou des pays limitrophes dans son développement industriel. Le modèle migratoire précédant la crise actuelle a été utile au grand capital tant que les économies réceptrices avaient besoin de courant migrateur.

À partir de ces réflexions, nous proposons trois lignes de travail qui peuvent contribuer au développement de nos positions politiques.

1. Accroître la collaboration entre le Forum de Sao Paulo et le Parti de la Gauche Européenne dans le cadre des migrations. Nous croyons que l’élaboration de positionnements communs est importante. L’exemple de l’intervention de différents présidents de gouvernements progressistes latino-américains devant l’approbation dans l’Union Européenne de la Directive «retour» dite «de la honte», qui a amplifié les politiques répressives d’enfermement des immigrants, démontre l’impact positif de ce type d’action.

En ce sens, la réunion prévue tenue par la Table Directive et le Groupe de Travail sur la Migration de la délégation de l’assemblée Parlementaire Euro-Latino-américaine, (EuroLat), peut servir de première étape pour renforcer cette ligne de travail dans plusieurs directions:

 • La révision des accords et des clauses de réadmission entre les pays de l’Union Européenne et ceux d’Amérique Latine, tout comme la protection des  immigrants en cours de procédure d’expulsion et/ou privées de liberté en raison de l’application de ces accords. Comme nous l’avons mentionné lors des Journées, alertés par l’expérience de l’omission des thèmes des migrations dans le TLC (Traité de Libre Échange) entre le Mexique et les États-Unis, il nous paraît très important de bien observer ces réalités devant le processus de ratification des traités de l’Union Européenne avec la Colombie et le Pérou.

 • La proposition d’une Directive de permis unique de l’Union Européenne, dont l’un des objectifs est d’établir un régime commun des droits des travailleurs immigrants originaires des pays du tiers-monde et qui exclue les travailleurs temporaires et les travailleurs des entreprises tiers-mondistes mutés en Union Européenne. Ces exclusions augmentent la fragmentation du marché du travail, compliquent les processus de négociations collectives et l’application des conventions collectives. Cette proposition maintient les discriminations entre les travailleurs de l’UE et les immigrants des pays du tiers-monde, ce qui implique que les états-membres cessent de décider s’ils veulent garantir le respect de quelques-uns des droits fondamentaux aux dits travailleurs, en matière de sécurité sociale (exportation des pensions, prestations familiales), de logement, de formation et d’éducation.


2. Défi concernant la participation des migrants comme sujets politiques
Pour les organisations du FSP et du PIED, la revendication du droit au vote est fondamentale, dans le cheminement vers une citoyenneté universelle qui exprime l'internationalisme du XXIe siècle. Cette approche revêt une plus grande importance dans des pays comme l'Espagne, où la suppression du vote des immigrés dans les élections municipales et autonomes suppose une grave régression. Le défi lancé par le droit à la participation doit s’étendre au mouvement ouvrier, féministe, de la jeunesse…

Nous incitons le PIED et le FSP HA à mener à bien une étude qui permette, a posteriori, de mettre en œuvre des mécanismes qui facilitent le double militantisme, ainsi que le développement d'espaces de formation pour l'intégration politique des militants dans leurs nouveaux lieux de résidence, l'entrée flexible dans les organes de direction, la validité dans le paiement des quotes-parts…

3. Contribuer au renforcement du mouvement associatif et populaire.
Le FSP et le PIED, par respect pour l’indépendance des organisations sociales, se doivent de favoriser la construction des pouvoirs locaux, régionaux, nationaux et mondiaux qui permettent au fur et à mesure aux migrants d’acquérir de l’espace dans la définition des agendas et des politiques publiques, afin d’obtenir les pleins droits pour tous les habitants de la planète. La construction collective d’une citoyenneté part du renforcement des organisations de migrants et de leurs communautés d’origine comme de nouveaux agents de transformation sociale.

Nous reconnaissons et nous saluons l’importance du large espace social généré autour du Forum Social Mondial des Migrations qui a tenu déjà quatre réunions au Brésil (Porto Alegre), en Espagne (les deux fois dans la municipalité de Rivas Vaciamadrid), en Équateur (Quito), et qui se réunira en 2012 à Séoul.

La gauche, et tous ceux qui s’opposent au modèle néo-libéral, doit contribuer à la création de vastes organisations au-delà des particularismes et qui évitent la segmentation et la faiblesse du mouvement des immigrants dans chaque pays, en animant la création de fédérations à l'échelle européenne, latino-américaine et caribéenne.

Le PIED et le FSP doit développer des espaces parallèles aux forums des autorités locales, régionales, nationales et internationales, en cohérence avec leurs objectifs de large participation, générer des espaces de communication et d’échange d’opinions.

Enfin, nous saluons et nous engageons à promouvoir la mobilisation à l'échelle mondiale le 18 décembre prochain dans l’ensemble des pays où nous développons notre activité.

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