10/08/2011

LE BOIS DU CAZIER (On entendait pleurer la terre)

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Le 8 août reste une journée de deuil à Charleroi où nombreux sont ceux qui commémorent, année après année, la catastrophe du Bois du Cazier où 262 mineurs ont perdu la vie. Le Parti communiste avait interpellé à l'époque le gouvernement belge par la voix du député communiste courcellois, notre regretté camarade Georges Glineur. ( A consulter au Cercle des archives Louis Tayenne de l'asbl Le Progrès tous les jeudis de 14 h à 17 h).

Depuis 1956, chaque année, au travers des générations qui se sont succédées, le Parti communiste a toujours été présent à cette commémoration. Les générations se suivent, le message se transmet. L'hommage se perpétue.

Place à la nouvelle génération, ce lundi 8 août 2011, ce sont Nathalie DEVLIEGER et Pierre NAPOLI (photo) qui ont pris la relève.

A notre façon, pour rappeler cet événement, la poésie faisant intimement partie de la vie ouvrière, nous reproduisons un texte écrit par notre ami le poète Jacques Viesvil, poème reproduit dans le livre Val de Sambre édité par le Progrès (une belle édition en quadrichromie vendue au prix de 18 euros, port non compris).


Ils étaient près de trois cents
à mille mètres de profondeur,
dans les bouveaux de la douleur.

Trois cents.  Trois cents.

Trois cents de notre sang.
Trois cents de notre chair.

Près de trois cents dessous la terre
à se taire de stupeur,
à hurler par nos poings.

Trois cents.  Trois cents.

Trois cents de notre sang.
Trois cents de notre chair
à saigner par nos mains
dans l'enfer de Charleroi.

Le ciel était plus noir
qu'une fumée de deuil.
On entendait pleurer la terre
du côté de Marcinelle.

Trois cents.  Trois cents
Puis des milliers.

Au pied du "Bois du Casier"
comme au pied du Golgotha.

On parlait plus bas que les mots.

On parlait plus bas que les morts
derrière les grilles du désespoir,
le coeur plus noir que le soir.

Ils étaient près de trois cents
à mille mètres de profondeur,
dans la fournaise de l'horreur.

Trois cents.  Trois cents.

Trois cents de notre sang.
Trois cents de notre chair.
Hommes venus d'exil,
au visage d'Italie.


Hommes venus d'ici,
au regard d'avril.

Hommes de partout,
aux yeux cernés d'usure.

Hommes aux veines de charbon
incrustées sous la peau.

Hommes à la gueule noire,
à la voix rocailleuse.

Hommes au sourire d'enfant.
Hommes aux mains de soleil.

Je les entends marcher
dans l'épaisseur du temps.

Un père, un frère,
un mari, un enfant.

Trois cents.  Trois cents.

Et c'est plus fort que tout
si je suis à genoux
dans le grisou des jours,
à écouter leur cœur
battre encore le tambour
sur la terre tendue à craquer.

La terre qu'ils ont aimée
jusqu'à la mort.

Personne n'a oublié
personne n'oubliera.

Ceux qui sont morts en bas,
sur le front du brasier.

Les cris de désespoir
n'ont laissé qu'un trou noir
dans les poitrines vides,
devant la mort rapide.

Le ciel était couleur de cendre
et le jour bien près de se fendre.
On entendait pleurer la terre
dans les corons et les ruelles.

On entendait pleurer la terre
du côté de Marcinelle.

Ils étaient près de trois cents
à mille mètres de profondeur.

Trois cents de notre sang.
Trois cents de notre chair.
Trois cents.  Trois cents...

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