12/11/2011

Interview de Paolo Ferrero

italie,etincelle,berlusconi,paolo ferrero“Le gouvernement s'en ira et c'est pour cela que ce soir nous levons nos verres”, commente Paolo Ferrero, secrétaire national de Refondation communiste, pendant que les journaux télé du soir racontent ce qui s'est joué entre le président de la république et le président du conseil – l'obstination de Berlusconi a détruit la crédibilité non seulement du gouvernement, mais plus largement de la politique, de la démocratie. L'impression est celle d'assister à la chute de la République de Weimar en « slow motion », c'est une crise évidente de régime, la crise de la seconde République.
 


D: Dans un récent sondage les deux tiers des interviewés pensent que pour sortir de la crise économique, la première mesure a appliquer est une réduction drastique des coûts de la politique, seul un tiers pense qu'une taxe sur le patrimoine serait préférable.
 
PF: L'antipolitique – comprise comme l'absence complète de confiance dans la politique – a désormais atteint une dimension de masse. En fait nous avons devant nous deux hypothèses, qui s'alimentent l'une l'autre, pour une sortie par la droite de la crise du gouvernement et de la démocratie en général. D'une part le gouvernement technique, qui serait en fait un gouvernement technocratique, le gouvernement de la BCE et non du peuple italien, comme cela s'est passé en Grèce où il n'a même pas été possible d'organiser un référendum sur les politiques d’austérité. D'autre part, l’hypothèse populiste qui n'a pas encore été présentée sous son pire aspect. Il suffit de penser que Berlusconi pourrait sortir de cette situation en rappelant que c'est lui, et lui seul qui a gagné les élections, ou de se souvenir que la Ligue du Nord a dû soutenir les politiques du gouvernement, contre sa volonté. Si la solution qui sera choisie devait être celle du gouvernement technique, il est facile d'imaginer le niveau de populisme, de racisme et de nationalisme sécessionniste qui serait atteint durant la campagne électorale. Il existe donc bien une sortie encore plus à droite de la crise.
 
D: Ce serait un pas en arrière par rapport au cadre étroit définie par le système bipolaire.
 
PF: En effet, le débat risque de porter entre technocratie et populisme de droite. C'est pour cela que nous sommes extrêmement opposés à un gouvernement technique et que nous soutenons la voie des élections anticipées. Devant cette crise de la politique il faut rendre la parole au peuple. L'objection la plus courante est que ce système électoral est insoutenable, mais pour nous il n'y a pas de contre indication majeure, y compris les élections avec ce système électoral, à celle qui verrait la reconstruction d'un gouvernement de droite ou pire d'un gouvernement technocratique, dirigé par Mario Monti, ou un autre technocrate bordé par sa droite d'une opposition raciste. Il nous faut voter pour sortir le plus vite possible de cette impasse.
 
D: Le moment politique semble rappeler le passage entre la première et la seconde république d' il y a vingt ans, même Giuliano Amato semble être de retour.
 
PF: Eh bien, cette transition a été un désastre auquel Refondation Communiste s’était opposé à l’époque et dont nous payons encore aujourd'hui le prix. Aujourd’hui c'est pire parce que la crise est plus destructrice et parce que la crise des institutions est elle aussi plus aiguë.
 
D: Comment donc se présenter aux élections dans ce cas ?
 
PF : Nous proposons l'instauration d'un front démocratique pour battre les droites entre la gauche et le centre gauche, sans les partis centristes. Même si les conditions ne sont pas réunies pour gouverner avec le parti démocrate, nous sommes intéressés par la rupture avec les politiques des droites aussi bien du point de vue démocratique que social. Nos électeurs s'attendent en premier lieu à nous voir chasser Berlusconi et les droites du pouvoir, et comme le système électoral est majoritaire nous devons rester en syntonie avec cette attente principale et participer à la chute de Berlusconi. En parallèle nous proposons au centre gauche la question de la démocratie et de la participation populaire : c'est pour cela que nous proposons les primaires du programme, pour donner la possibilité au peuple de l'opposition de décider non seulement qui doit gouverner, mais aussi pour quoi faire. Face au risque de sortie par la droite de la crise, aussi bien dans ses variantes technocratique que populiste, nous devons proposer une sortie par la gauche. Le peuple de centre gauche ne partage pas tous les points de vue de Matteo Renzi (maire de Florence) : nous devons reconstruire un espace politique pour ces contenus et activer les formes de la participation populaire.
 
D: Mais, dans ce cadre comment maintenir l'autre nécessite, celle de l'autonomie politique de la gauche ?
 
PF : En élargissant la sphère de la démocratie. J'ai parlé de primaires du programme, nous devons construire un processus référendaire sur les règles européennes, même de manière autogérée. Nous travaillons avec d'autres forces politiques à une grande campagne référendaire dont la récolte de signatures devrait commencer début janvier. Il existe dans le pays un front ample contre l'article 8. Nous sommes en discussion aussi sur la la loi 30 et sur des questions référendaires qui permettraient de revenir à un système proportionnel. En commençant la récolte des signatures (en Italie un référendum d'initiative populaire est possible si 500 000 citoyens en font la demande) en janvier, le référendum se tiendrait un an après le prochaines élections (si elles ont lieu en février) et ceci serait un mode efficace pour intervenir sur la politique, mais du côté de la société civile.
 
D : Donc avec les élections déterminer le meilleur cadre politique possible et ensuite changer les rapports de force dans la société ?
 
PF : Il est clair que chasser Berlusconi ne résoudra pas le problème de l’alternative, donc les primaires, les référendums, l’action des mouvements détermineraient la possibilité d’une interaction avec le cadre politique via une force extérieure. La dialectique parlementaire ne peut pas éliminer la recherche de la construction de l’alternative, c’est pour cela que nous devons construire cette force dans la société. Mais il y a aussi une raison profonde à la recherche de formes de démocratie directe : à l’intérieur de cette crise économique il y a la crise de la démocratie représentative. Dans le néolibéralisme, à travers les politiques menées pas les états, il y a une passation de pouvoirs des états à la finance, des parlements aux gouvernements et de ceux-ci au directoire BCE/Allemagne.
 
 
D : C’est aussi à travers cela que l’on perçoit combien les espaces pour le politique sont très restreints.
 
PF : La politique, en appliquant des politiques néolibérales, a décidé de ne pas peser en laissant faire les potentats économiques. D’un côté, il y a une crise de légitimité très forte. Cependant, de l’autre, il y a une demande très forte de démocratie souvent déviée par les médias de masse en terme d’ « anti-caste ». Nous, au contraire, nous devons savoir reconnaître la demande sociale comme une demande de pouvoir : dans le Molise, aux récentes élections régionales, moins de gens ont voté qu’aux référendums de juin qui ont incarné cette demande sociale de participation. C’est de la même chose que nous parlent les expériences du Val de Suse, de la Fiom, du 15 octobre qui, au-delà de tout, a été en Italie la plus grande voix du peuple de cette journée. Mais tout cela n’a aucun débouché politique. Qu’elles soient sur Vendola, ou sur Renzi, variante plus à droite, les primaires sont une subsomption de cette envie de participation à l’intérieur d’un mécanisme d’hyper délégation au leader charismatique. De la délégation au parti, à la délégation au leader. [Pense que seulement la Fds et le Pd n’ont pas le nom du chef sur le symbole électoral – cette phrase ne met plaît absolument pas, elle ne me plaît pas non plus en italien, je ne vois pas bien ce qu’il veut dire, à la limite tu peux mettre des pointillés entre crochets à la place, ça ne changera pas grand chose]. Les primaires de programme sont utiles à identifier des points charnières – non à la guerre et aux dépenses militaires, non à la précarité, oui aux biens communs et aux nationalisations – et les indiquer au centre-gauche pour que l’on choisisse non seulement qui mais quoi faire.
 
D : Mais comment est-il possible de reconstruire des espaces de démocratie participative et efficace ? Est-ce qu’il existe le problème du « nouveau qui ne naît pas »?
 
PF : Les problèmes sont nombreux, il faut y travailler dans la direction de la socialisation de la démocratie. Aujourd’hui les référendums n’ont plus la seule capacité de photographier l’écart entre pays réel et pays formel. Aujourd’hui ils peuvent avoir une capacité constituante de subjectivité. C’est pour cela que nous suivons l’expérience des mouvements pour l’eau (nous participerons à la manifestation nationale du 26) et nous intégrons toutes les expérimentations de construction de la subjectivité de la société civile ayant des intérêts antagonistes à ceux de la grande finance. Mais pour cela il faut trouver des formes persistantes d’auto-organisation, de contre-pouvoir par le bas. Je pense que dans toute l’Italie il faut agir comme on agit dans le Val de Suse. Et puis la politique doit être reconnectée avec le faire. Voilà pourquoi nous sommes le seul parti à dégager la boue à Gênes, le seul à intervenir lors du tremblement de terre, à être des Groupes d’Action Patriotique. Les conditions pour l’alternative naissent dans la densité sociale qu’on contribue à reconstruire.
 
D : Mais qui pourraient être les interlocuteurs de cette recherche ?
 
PF : Ceux qui ont été dans l’opposition sociale pendant toutes ces années. A la différence d’autres phases historiques, l’élément démocratique est constituant. Dans sa crise, le capitalisme cherche à restreindre la participation pour rendre, comme au XIXè siècle, le pouvoir aux patrons et aux banquiers en réduisant le conflit social à un problème d’ordre public. Nous, au contraire, nous devons favoriser l’irruption des masses dans l’espace public. Nous voulons réunir la gauche alternative à partir de la reconstruction de la subjectivité, la gauche qui œuvre pour rompre le sentiment d’impuissance, qui « aide » - comme le disait Vittorio Foa – les gens à se gouverner tout seuls. Pour toutes ces raisons la gauche alternative doit être en mesure de ne pas subir, de ne pas être surdéterminée par le mouvement du bi-polarisme qui nous voudrait ou marginaux ou alignés.
 

 

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