10/01/2012

2012, la situation en Belgique

l'étincelle dampremy,di rupo,nva,compromis,ultralibéralismeEn Belgique, aux crises économique, bancaire, de la dette… s’est ajoutée une crise politique et institutionnelle profonde. 530 jours après les élections législatives de juin 2010 provoquées (pour faire bref) par les libéraux flamands, un gouvernement a été péniblement formé sous la direction du président du Parti Socialiste, Elio Di Rupo. Aucun Etat au monde n’aurait sans doute résisté à une crise aussi longue. La Belgique semble avoir été regardée avec étonnement, ironie, moquerie, perplexité… par les Européens. Pourtant, le pays a continué à fonctionner non seulement avec un gouvernement dit d’affaires courantes, mais aussi et surtout grâce aux entités fédérées qui disposent de pouvoirs économiques et sociaux importants et de compétences essentielles, comme par exemple l’enseignement, la santé, le contrôle et le financement des municipalités…


Il n’empêche, ce gouvernement, dont la durée sera au maximum de 2 ½ ans puisqu’une demi-mandature est déjà passée, ne constitue qu’un répit sur le plan institutionnel. L’accord péniblement obtenu sur une nouvelle réforme de l’Etat a certes accordé davantage de compétences et de moyens aux entités fédérées. Mais le compromis n’a pas fait que des heureux, à commencer par la NVa, qui est devenu en quelques années, le premier parti de Flandres. Ce Parti nationaliste, séparatiste et ultralibéral a été mis hors jeu par les autres partis désireux d’aboutir à un accord de gouvernement ; mais les sondages le donnent grand vainqueur en cas de nouvelles élections. On s’attend à un ras de marée NVa, dans le Nord du pays, aux prochaines élections municipales d’octobre 2012. Son objectif reste la scission du pays.

Une fois l’accord institutionnel scellé, les partis de droite flamands (VLD, libéraux et CDNV, sociaux chrétiens) ont mis leur veto sur la participation des écologistes à la poursuite des négociations gouvernementales sur les questions socio-économiques. Le formateur Elio Di Rupo a tranché. Il a choisi les libéraux qui avaient pourtant perdu les élections de 2010. Exit donc Ecolo et Groen dont la présence permettait, dans une certaine mesure, de contrebalancer le poids de la droite libérale.

Les négociations socio-économiques ont été assez tendues mais beaucoup plus rapides que les négociations institutionnelles. Il faut dire que d’emblée, Di Rupo, avait déclaré que le temps n’était pas à l’idéologie mais que chacun devait prendre ses responsabilités face aux marchés. Une façon comme une autre, pour le Parti socialiste qui s’autoproclame volontiers le plus à gauche des partis socialistes européens, de laisser entendre que l’orientation serait libérale. Très libérale même. Et de fait, durant la dernière phase des négociations, on a assisté à des pressions très fortes de la part de l’Union européenne posant des ultimatums et menaçant la Belgique de sanctions financières. Les agences de notation s’en sont également mêlées en baissant la cote de la Belgique dans un premier temps ; celle des régions ensuite.

L’accord remettant en cause le modèle social belge a été jugé inacceptable par les organisations syndicales, mais tous les partis (y compris socialistes) ont approuvé, avec des scores staliniens, les mesures s’attaquant au pouvoir d’achat, à la santé, aux chômeurs, aux pensionnés, aux jeunes… tout en ménageant fortement les banques et les grandes fortunes. Les syndicats ont décidé une première action dès le 2 décembre ; plus de 60.000 manifestants ont défilé dans les rues de Bruxelles.

L’encre de l’accord à peine séchée, le gouvernement de droite dirigé par un socialiste s’est mis à la tâche au pas de charge. Le ministre VLD (libéral flamand) des pensions s’est montré particulièrement pressé. En quinze jours, il a fait adopter une réforme des pensions qui a entraîné une grève de 24 heures dans les services publics. A souligner que cette décision s’est faite sans concertation avec les syndicats ; le patronat se réjouissant évidemment du zèle gouvernemental. Cette réforme constitue une première attaque contre le système institué. Les principales mesures concernent les prépensions (un système créé au départ pour permettre d’embaucher des jeunes mais qui s’est rapidement avéré utile pour éviter des licenciements secs en cas de restructuration d’entreprises) ; on pourra y accéder à partir de 60 ans au lieu de 58 ans et après 40 ans d’ancienneté au lieu de 38. Dans la fonction publique, la pension sera calculée sur base des 10 dernières années de la carrière au lieu des 5 dernières années. Les périodes non prestées (congés de grossesse, interruptions de carrière…) jusqu’ici assimilées aux périodes prestées pour le calcul de la pension ne le seront que pour une durée d’un an… Le stage d’attente des jeunes demandeurs d’emploi avant de pouvoir bénéficier d’une allocation sera augmenté de 6  à 12 mois.

Ce 1er janvier a vu aussi une série de mesures, augmentations… entrer en vigueur. Parmi beaucoup d’autres, notons tout particulièrement l’aggravation des mesures d’exclusion du droit à l’allocation de chômage. Cette chasse aux chômeurs est appelée pudiquement « plan de réactivation des chômeurs ». Ces mesures touchent les cohabitants, c’est-à-dire essentiellement les femmes. Elles visent à transférer une partie du budget du chômage vers les municipalités (via leur Centre Public d’Aide Sociale) qui doivent répondre aux besoins de personnes ayant perdu leurs revenus.

Même si pour le moment, l’index est maintenu (mais jusqu’à quand ?), il ne fait aucun de doute que ces mesures vont avoir un effet très négatif sur le niveau de vie des travailleurs actifs et non actifs. Chez nous, 1 belge sur 7 vit dans la pauvreté. C’était, jusqu’ici, un peu en-dessous de la moyenne européenne mais les prévisions annoncent que 1 belge sur 5 (20,8 %) pourrait y sombrer à l’avenir. Le nombre pourrait même atteindre 35 % pour les personnes seules. 20 à 30 % de demandes supplémentaires dans les restos du cœur de la région du 1er Ministre (le Borinage) ont été constatées ; elles semblent toucher toutes les catégories de citoyens y compris universitaires. Nous sommes manifestement entrés dans la spirale de la régression que les mesures gouvernementales n’enrayeront pas mais aggraveront au contraire. On annonce une augmentation sensible du chômage et des licenciements dans bon nombre de PME.

Face à cela, se pose avec toujours plus d’acuité le problème de l’alternative politique. La gauche antilibérale est numériquement très faible et ne parvient pas à s’unir tant des divergences politiques et de stratégie subsistent. Des tentatives de fédérer une partie de la gauche de la gauche (dont le Parti Communiste Wallonie-Bruxelles) autour du dénominateur commun « contre l’ultralibéralisme » à  travers un Front des Gauches se sont jusqu’ici avérées vaines. Le PTB entend quant à lui poursuivre sa propre stratégie visant à « devenir le plus petit des grands partis » et refusant de participer à un rassemblement large de la gauche radicale.

Cela dit, nous avons constaté à maintes reprises dans le passé que l’addition de petits partis ne faisait pas, en Belgique, une force politique crédible. Car même lorsque le mécontentement populaire est manifeste sa traduction sur le plan électoral se fait généralement soit par un accroissement des votes blancs et nuls (le vote est obligatoire en Belgique) ou par des transferts de voix entre les partis représentés au Parlement.

Quant aux organisations syndicales, elles restent certainement des remparts indispensables dans la situation actuelle. Il faut cependant objectivement constater qu’elles peinent à se démarquer clairement de leur famille politique respective - chrétienne, socialiste, libéral (cette dernière est plus marginale) – pour stimuler un mouvement à la hauteur du mécontentement des travailleurs. Après les deux escarmouches citées plus haut, la prochaine action devrait avoir lieu… le 30 janvier. D’ici là, les directions syndicales espèrent infléchir les modalités d’application des mesures décidées par le gouvernement lors de négociations que ce dernier a bien voulu leur concéder.  Reste à voir si la patience des travailleurs dans les entreprises et dans les services publics résistera à la gravité des agressions gouvernementales et patronales.

En Belgique, aux crises économique, bancaire, de la dette… s’est ajoutée une crise politique et institutionnelle profonde. 530 jours après les élections législatives de juin 2010 provoquées (pour faire bref) par les libéraux flamands, un gouvernement a été péniblement formé sous la direction du président du Parti Socialiste, Elio Di Rupo. Aucun Etat au monde n’aurait sans doute résisté à une crise aussi longue. La Belgique semble avoir été regardée avec étonnement, ironie, moquerie, perplexité… par les Européens. Pourtant, le pays a continué à fonctionner non seulement avec un gouvernement dit d’affaires courantes, mais aussi et surtout grâce aux entités fédérées qui disposent de pouvoirs économiques et sociaux importants et de compétences essentielles, comme par exemple l’enseignement, la santé, le contrôle et le financement des municipalités…

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