25/02/2012

«Pari risqué et perdu pour Marine Le Pen»

l'etincelle,marine lepen,mélenchon,des paroles et des actesFrançois Heinderyckx, professeur à l'ULB spécialiste de communication politique, a analysé pour nous le refus de Marine Le Pen de débattre avec Jean-Luc Mélenchon lors de l'émission « Des paroles et des actes ».AFP

 


Marine Le Pen a refusé le débat avec Jean-Luc Mélenchon. Etait-ce une mauvaise décision ou la moins pire de deux ?


François Heinderyckx, professeur à l'ULB spécialiste de communication politique: «Je dirais que sa stratégie n'était pas absurde a priori, mais après l'avoir vu en action, je pense que c'était une erreur. Son refus de débattre a eu plusieurs effets négatifs. Premièrement, une volonté de sa part de gagner du temps, de faire des longues phrases, de faire des réponses qui n'étaient pas des réponses aux questions, de jouer l'obstruction… Ce qui provoque un sentiment chez le téléspectateur proche de quand on se met à siffler dans les tribunes de football, quand une équipe joue la montre avec des petites passes pour garder le score nul auquel elle est arrivée, ce qui est très désagréable. Elle a donné l'impression qu'elle n'avait rien à dire.»

«Deuxième effet négatif, il y a un moment où elle était un peu ridicule, il y avait un côté un peu bac à sable, «je n'écoute pas, je regarde mes feuilles, j'ai un petit sourire en coin» qui mettait mal à l'aise pour elle essentiellement. Troisième effet de sa stratégie, c'est qu'elle a laissé tribune libre pour la moitié du temps à Mélenchon qui, connaissant le personnage, a su quoi en faire. Et quatrièmement, et je crois que c'est la bonne réaction de Mélenchon qui a cadré l'attitude de Le Pen sous l'angle de la dérobade et même de la peur et je trouvais ça assez crédible. »

Ça l'a desservi ?

«Elle était donc en posture où elle était mal à l'aise, elle avait l'air puérile, elle avait l'air de vouloir éviter la confrontation, elle avait l'air d'avoir peur d'être coincée dans le débat. Or en politique, éviter le débat, c'est quelque chose qui doit être utilisé dans les cas vraiment extrêmes et généralement c'est ce qu'on trouve chez ceux qui veulent éviter de débattre avec l'extrême droite en disant «on ne débat pas avec ces gens-là qui méprisent la démocratie» etc. C'était donc presque un retournement de situation.»

«Et puis son argument principal qu'elle a répété plusieurs fois pour justifier son refus, c'était de dire «vous n'êtes pas un vrai candidat», ce qui est stupide vu qu'elle a débattu avec des journalistes, elle a débattu avec des tas de gens qui ne sont pas candidats, donc ce n'était vraiment pas la question.»

Elle a donc fait une erreur, selon vous?

«Donc je pense que c'était une erreur parce qu'elle a donné une image de quelqu'un qui a refusé le débat, et il y a un doute: «Est-ce que c'est parce qu'elle avait peur de ne pas avoir les réponses?». Ça ne cadre pas avec le personnage, ça ne cadre pas avec l'image qu'elle veut véhiculer. Donc je dirais: pari risqué et perdu pour Marine Le Pen dans sa stratégie de refuser le débat.

Recueilli par Didier Zacharie

Commentaires

Merci pour cette info plutôt agréable ;-))

Écrit par : Fr*/cl | 25/02/2012

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