31/08/2012

CPAS: «L’impact sera brutal et à retardement»

l'etincelle,cpas,chômage,dégressivitéLa dégressivité des allocations de chômage risque d’impacter les finances communales. Pris à la gorge, des milliers de demandeurs d’emploi pourraient se tourner vers les CPAS. Pas pour un revenu d’insertion, mais pour des aides complémentaires. Question de survie.

L’automne sera tendu comme un arc. La dégressivité renforcée des allocations de chômage est annoncée pour le mois de novembre. « Zéro impact sur les CPAS », jure le gouvernement fédéral.


Pourtant, derrière les guichets des Centres publics d’action sociale, on redoute l’arrivée de milliers de demandeurs d’emploi. « En clair, le niveau de chômage plancher que les gens vont obtenir sera, à 50 € près, ce que les bénéficiaires du revenu d’intégration peuvent avoir au CPAS », résume Bernard Antoine, directeur général de la Fédération wallonne des CPAS.

Or, actuellement, la moitié des bénéficiaires du revenu d’insertion demandent des aides sociales complémentaires. Des rustines pour le loyer, le chauffage, les soins de santé, etc. Coincés à peu près au même niveau de revenus, difficile d’imaginer que tous les demandeurs d’emploi concernés s’en sortiront sans bois de rallonge.


Est-ce qu’il faut comprendre que, dès novembre, des milliers de demandeurs d’emploi vont se précipiter au CPAS de leur commune? «L’impact ne sera pas immédiat. Mais il sera brutal », prévient Claude Emonts, président de la Fédération des CPAS.


Quelque chose de pervers. D’insidieux. Comme toujours quand on parle d’effet retard. «Ce sont d’abord les femmes cohabitantes qui seront touchées. Puis les jeunes. Et ainsi de suite, en cascade. Ce sont des pans de revenus qui vont disparaître, sans pour autant donner droit au revenu d’intégration. Ça va précipiter des familles dans une forme de précarité, de pauvreté cachée », analyse Claude Emonts, par ailleurs président du CPAS de Liège depuis 17 ans.


Du Fédéral vers les communes


Résumons-nous. À l’heure actuelle, le gouvernement fédéral n’a pas encore prévu de compensation financière pour les CPAS. Les revenus d’intégration sociale sont certes pris en charge. Mais, comme le fait remarquer Bernard Antoine, c’est plus compliqué que ça : «Les aides sociales complémentaires, les recours aux autres services comme la médiation de dette, la cellule Énergie… Tout ça relève d’une autre catégorie que le revenu d’intégration. Il va falloir se débrouiller avec les fonds propres des communes. Bref, c’est un transfert de charges du Fédéral vers les communes. Les communes et les CPAS ne sont pas prêts ».


11 millions ? 50 millions ?


Peut-on déjà évaluer la nouvelle charge pour les CPAS wallons? Difficile. Un vrai casse-tête à calculer. Ces aides complémentaires sont en effet appréciées au cas par cas, selon l’enquête que mènent les travailleurs sociaux.


Ricardo Cherenti, responsable «Insertion» à la Fédération des CPAS, a tenté une évaluation. «On pourrait parler d’environ 11 millions € pour un an (pour les CPAS wallons, NDLR) . Mais c’est vraiment à la grosse louche par rapport à ce que révélera la réalité », dit-il.


Bernard Antoine embraie : «On a des chiffres qui peuvent varier aussi de 15 à 50 millions €. Autrement dit, ça n’a pas de sens. On espère avoir quelque chose de plus précis au début de l’été ».


« Du côté du fédéral, il y a une méconnaissance de l’état général de précarité. Le gouvernement ne prend pas en considération l’aspect social des choses », critique Ricardo Cherenti.


Les CPAS avaient déjà les mêmes craintes de surcharge brutale quand la majorité est passée de 21 ans à 18 ans. Craintes confirmées? Objectivement, il y a bien eu un afflux de nouvelles demandes : en 2010, la tranche 18-19 ans représentait 10 % des bénéficiaires d’un revenu d’intégration sociale. «Mais je ne sais pas si ce sera comparable », termine Ricardo Cherenti.


Plus de 170.000 chômeurs touchés?

Combien de victimes de la dégressivité des allocations de chômage, d’ici six mois, un an, 4 ans ? Les syndicats ont déjà tous tenté de prendre la mesure de cette dégressivité accrue des allocations de chômage.

La FGTB fait le (dé)compte dans ses rangs : le syndicat considère que 189 326 personnes seront touchées, dont 89 871 Wallons, cohabitants, chefs de famille et isolés.


Les estimations de la CSC : 170 000 demandeurs d’emploi touchés, dont 30 000 à Bruxelles, 80 000 en Wallonie et 60 000 en Flandre.


Les trois syndicats, FGTB, CSC et CGSLB s’accordent sur le chiffre de 30 000 affiliés touchés à Bruxelles. Des marches «contre l’exclusion massive» s’organisent. La mobilisation se met en place.


Rien ne permet évidemment d’affirmer que toutes ces personnes vont converger comme un seul homme vers les CPAS. Mais pour beaucoup, la dégressivité va rimer avec précarité accentuée.


Pour rappel, la dégressivité des allocations est organisée par paliers, sanctionnant progressivement le chômeur de longue durée. On passe ainsi de 65 % du salaire (plafonné) à 60 % à partir du 4emois, puis à 55 % à partir du 13e mois (isolé) et à 40 % (cohabitant). Les réductions successives mènent à un forfait, au bout de maximum 4 ans : 1 090,70 € (chef de ménage), 916,24 € (isolé) et 483,86 € (cohabitant).¦

P.S.

Extrait de L’Avenir.

 

22:55 Écrit par PC Charleroi dans Actualité, social | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : l'etincelle, cpas, chômage, dégressivité |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.