06/09/2012

Lettre à Georges Lauwerijs, de Matin Première, à propos des élections en Grèce...

mensonges.pngBonjour Monsieur Lauwerijs,
 
Je me permets de vous écrire suite à ce que j'ai entendu ce matin, durant votre émission (bulletin de 8 heures), où l'on a qualifié le parti grec SYRIZA de "parti d'extrême-gauche".
 
Je voulais vous signaler ceci, que vous pourrez aisément vérifier :
 
Le parti SYRIZA est un parti de la Gauche Unie au parlement européen, il est composé de dissidents ou exclus du Pasok (parti dont la corruption a mené la Grèce où l'on sait), du KKE et du Syn (ex Parti Communiste grec).


 Un de ses membres est Manoli Glezos (89 ans), vieux résistant grec qui pendant la guerre, à l'âge de 18 ans, a décroché le drapeau nazi de l'Acropole et planté le drapeau grec à sa place.

Ainsi, un ancien résistant contre l'occupation nazie est devenu, dans la nouvelle sémantique distillée jour après jour par les médias, un "extrémiste de gauche".
 
Dans le même temps, nous sommes quotidiennement étonnés de l'émergence de l'extrême-droite et chacun se regarde en disant : « Mais comment en sommes-nous arrivés là ? »...
 
Nous sommes aujourd'hui le 8 mai, anniversaire de la victoire sur les nazis en 1945. Nul doute que durant toute la journée, on va nous parler de l'importance de cette date... pour qu'on ne vive "plus jamais ça" !
 
Si je n'ai pas toutes les clés pour y parvenir, je crois pouvoir néanmoins affirmer qu'avec ce type de glissement sémantique, nous sommes au contraire assurés de connaître les temps et les idéologies qu'on prétend combattre à coup de "belles intentions"...
 
J'ai souvent l'occasion de réagir, que ce soit sur Facebook, sur internet ou par courrier, ce que je n'ai pas manqué de faire encore aujourd'hui.

J'aurais pu écrire à la médiation de la RTBF, mais je n'ai pas envie de "me plaindre", juste de susciter la réflexion.

 
Je voudrais attirer votre attention sur ce commentaire, sur le mur FB d'une amie : • Bah la même chose pour l’extrême droite... On nous la sert à toute les sauces. Moi ça fait longtemps que je n'écoute plus les conneries que j'entends dans les médias. Et si on prend l'exemple du FN en France, il n'y a pas de haine de l'étranger mais plus un concept de préférence nationale (sans considération de différences).
 
C'est un exemple, celui qui poste le commentaire est jeune, mais... je vous laisse néanmoins méditer sur la perte de repères chez l'auditeur moyen, le citoyen moyen (qui vote!), au petit jeu quotidien de la banalisation des uns ou de la diabolisation des autres.
 
Qu'on en arrive à un tel glissement sémantique qu'aujourd'hui, un parti qui prône le rejet et se réclame d'une idéologie nauséabonde, soit identiquement perçu qu'un autre parti prônant des valeurs de solidarité et d'un monde plus équitable, dans le respect des institutions - m'est particulièrement et douloureusement insupportable...
 
Et c'est notre quotidien d'auditeur !
 
Et chaque jour, j'espère que nos journalistes vont enfin adapter leur discours à la carte politique réelle d'une société dont tout le monde s'accorde à reconnaître la droitisation... Les partis "dits" de gauche sont (bien) plus au centre qu'à gauche et se bornent à apaiser les marchés en sauvant les apparences. Les partis de droite se rapprochent des discours de peur et d'exclusion, si chers à l'extrême-droite, et ainsi de suite...
 
Et nous savons parfaitement où cela mène : cela me fait peur, cela me désespère ! Car en tant que journaliste, vous devriez le savoir aussi.

Chaque jour, c'est en vain que j'attends ce sursaut de votre profession...

 
En ce 8 mai, c'est peut-être le moment de nous souvenir que ceux qui ont parfois donné leur vie pour un monde libre et moins injuste seraient aujourd'hui qualifiés d'extrémistes... et que cela suffit !
 
Cordialement,
 
Isabelle Marchal

 

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