17/05/2013

Viktor Orban, l'anticommunisme, ça paie.

l'étincelle dampremy,viktor orba,hongrie,fidesz,jobbikOn renverse ce que l'on dénonce chez les autres pour faire pire...

Le 30 mars 1988, âgé de vingt-quatre ans, Victor Orban participe à la fondation de l'Alliance des jeunes démocrates (Fidesz), et prononce l'année suivante un discours appelant à la tenue d'élections libres et au départ des troupes soviétiques déployées dans le pays, à l'occasion de cérémonie de «réenterrement» d'Imre Nagy et des autres martyrs de la révolution hongroise de 1956, célébrée sur la place des Héros de Budapest.


Peu après, il participe à la délégation de l'opposition à la table ronde des négociations avec le pouvoir communiste. L'occident, applaudit avec la sinistre Margareth Tatcher et le cow-boy raté Ronald Reagan aux premiers rangs. A l'époque, ce tandem et la libérale Europe  sont farouchement anticommunistes. Il convient donc de soutenir ce jeune loup. Et il a les dents longues : en 1998, à l'âge de 35 ans, il devient le plus jeune premier ministre président de Hongrie.

Aujourd’hui, il est sur le banc des accusés au  Parlement européen. La première fois c'était le 18 janvier 2012 et dans l'enceinte de ce parlement, on le dévisageait, on le scrutait, mais il avait prévenu: il n'était pas du genre à se laisser intimider par les grands esprits de  la «gauche internationaliste». Qu'est-ce qu'ils y connaissent ces petits marquis à la Hongrie éternelle ?

Ce jour-là, ceux qui l'observaient se disaient  surtout qu'ils ne l'avaient  pas vu venir. «On ne l'a pas vu venir, pendant toutes ces années, on a pas du tout saisi à quel point il rêvait de pouvoir», reconnaît Daniel  Cohn-Bendit. Au lieu  du quinquagénaire  empâté en costume-cravate, ils avaient en mémoire  le jeune Viktor, visage creusé et cheveux longs, qui, dans  les années 80, dirigeait un tout petit parti, le Fidesz. Il avait enflammé Budapest  en osant exiger publiquement  le départ des troupes soviétiques et  la tenue d'élections libres. Il aimait le rock, la liberté, honnissait  l'horrible pesanteur  de quarante ans de vulgate marxiste, il avait respiré l'air du grand large, grâce à la fondation Soros qui lui avait permis d'étudier à Oxford l'histoire de la philosophie libérale britannique. Tout ça sous une Angleterre plombée par Miss Magy...

Aujourd'hui, la Hongrie de Viktor Orban est devenue c'est selon un «fascisme post moderne», une «démocratie autoritaire». Désormais, la constitution demande que «Dieu bénisse  les Hongrois», la Cour constitutionnelle est muselée, le droit à l'avortement est fortement restreint et la famille est une structure composée d'un couple hétérosexuel avec enfants. Voilà pour les «réformes sociétales».  la Hongrie de Viktor Orban a aussi un faible pour les «valeurs» : catéchisme et cours de morale , travaux d'intérêt général pour les chômeurs... Et gare aux sans-abri, on n'est pas dans la rue par hasard, trop facile d'invoquer la faute à pas de chance...

Viktor en veut à ces «traîtres» qui l'ont chassé du pouvoir en 2002, ces fonctionnaires, ces assistés, ces cultureux sans envergure, rejetons sans avenir de l'ex-Hongrie communiste. Revenu au pouvoir en 2010, il s'est juré que ça n'arriverait plus. Il se fait  donc le chantre d'un autre peuple, le sien, celui qui ne l'a pas trahi, celui des commerçants, des petits entrepreneurs, un peuple vigoureux  et plein d'allant, celui des «valeurs hongroises» qu'il défend.

Ils ne repasseront pas en 2014, les socialistes, il en fait son affaire. Il a modifié le mode de scrutin en conséquence, puisqu'il faut 25% des voix pour décrocher les trois quarts des sièges au Parlement. Il a  imposé une nouvelle inscription sur les listes électorales, et le bulletin de vote  devra être dûment tamponné pour l'élection par  un comité électoral local, sous peine  d'invalidation. Les télés et radios sont à la  botte, il a fait ce qu'il fallait pour cela, mais préfère tout  de même réduire  la durée de la future campagne législative de quatre-vingt-dix à cinquante jours, histoire d'éviter que l'opposition ne pollue le débat.

Gare aux «intérêts étrangers», qu'il  se fait fort de démasquer. Pour revenir aux nombreuses modifications infligées à la Constitution, il faudra désormais à ses opposants une majorité des deux tiers, quasi impossible à atteindre. Un diplomate étranger a bien cerné sa stratégie : «Injecter un virus dans les institutions, des virus qui bloquent et empêchent toute alternance.»

Pour assurer son pouvoir,Orban donne des gages au très dynamique parti d'extrême droite, Jobbik qui a 47 députés. Le maire  de Budapest, membre du Fidesz, a nommé un militant du Jobbik à la tête d'un théâtre financé par la ville  et l'État réhabilite des auteurs dont le premier talent fut d'être ultra-nationalistes voire ouvertement antisémites, comme Albert Wass, porte-voix de la magyarité Jozsef Nyiro, sympathisant des Croix fléchées. Une députée  du Fidesz, Maria Wittner, a parrainé, en 2007, la naissance  de la Garde hongroise, milice du Jobbik. Elle n'a pas été inquiétée pour autant.

L'Europe le tance régulièrement, dit que c'est mal, parle de sanctions. Mais le Parti populaire européen, dont le Fidesz est membre, le soutient. Comme c'est le cas de son ami Berlusconi, les cris d'orfraie de la Commission et du Parlement le font bien rigoler. Il prend un air contrit, joue au petit garçon pris en faute et repentant, promet de modifier  les textes qui posent problème... et n'en fait rien. S'il ne tenait pas ses promesses, cela créerait un facho précédent.

Freddy Guidé

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