07/04/2014

La nébuleuse Al Qaïda en plein développement

l'étincelle al qaïda,kaboul,afghanistan,ben ladenLes causes et les responsabilités

Fin 1978 début 1979, sous la présidence de Jimmy
Carter, les services américains ont chargé Ben Laden de regrouper les chefs guerriers d’Afghanistan dans leur lutte contre la politique révolutionnaire et d’intérêt général du gouvernement de Kaboul.

Les chefs régionaux ne pouvaient admettre la réforme
agraire, la distribution de terres à ceux qui la cultivent, l’égalité homme-femme et l’université pour tous.


Mais sous la pression du complexe militaro-industriel, des responsables US en ont profité pour inscrire cette lutte dans le cadre de la guerre froide. Ben Laden, membre de l’aristocratie saoudienne et yéménite, associé à des sociétés pétrolières US et du Golfe, est chargé de concrétiser cet objectif. Il lance un appel à tous les islamistes radicaux et forme une armée de djihadistes que des diplomates de la Ligue arabe appelaient alors la « légion étrangère islamiste ». Celle-ci fut rapidement encadrée par des conseillers militaires US.

Avec l’intervention de troupes soviétiques en
décembre 1979 en soutien au régime de Kaboul, l’Afghanistan devenait le champ de bataille de la guerre froide. Toutefois en 1983, Ben Laden diffuse une déclaration affirmant « Aujourd’hui nous luttons contre le matérialisme athée soviétique et demain il faudra combattre le matérialisme existentiel et individualiste occidental ».

C’est pourquoi en 1987 Ben Laden fonde Al Qaïda
avec des responsables et des éléments de la « légion étrangère islamiste ». De leur côté, les Talibans (étudiants et chercheurs en théologie coranique) s’organisent en mouvement politique en septembre 1994 et dès octobre 1994 se répandent dans l’ensemble de l’Afghanistan comme aussi au Pakistan. Ils établissent en 1996 un gouvernement taliban à Kaboul.

Les dirigeants américains au service des groupes
financiers de Wall Street en profitent pour consolider leur contrôle en Asie centrale pour l’exploitation des ressources naturelles. Mais ils se servent aussi de la légion étrangère de Ben Laden pour déstabiliser l’Union Soviétique en Asie centrale.

Mais en même temps, ils ouvrent un boulevard
aux djihadistes islamiques qui se répandent largement du Pakistan au Proche et Moyen-Orient. Al Qaïda devient rapidement une nébuleuse spécialisée dans les attentats et la déstabilisation d’États et de régions. Mais au profit de qui ?

Les liens financiers entre les USA et les monarchies
et émirats du Golfes, spécialement l’Arabie saoudite et le Qatar, permettent de créer au Proche et Moyen Orient un courant islamiste radical.

Le 15 mars 1995, Bill Clinton déclarait que « Les
valeurs traditionnelles de l’Islam sont en harmonie avec les idéaux les meilleurs de l’Occident ». Mais en réalité ces idéaux et valeurs ne sont pour les groupes financiers que boursiers et ultra libéralistes.

Utiliser le djihadisme pour contrôler les ressources
naturelles dans le monde entraîne actuellement une déstabilisation de plus en plus large qui déstructure les États. Le 19 octobre 2013, l’Écho de la Bourse publiait un article sous le titre « L’Europe et l’alliance pour
la liberté » signé par le sénateur Armand De Decker, ministre d’État. Dans cet article, il dénoncel’islamisation de l’Europe et d’autres régions et préconise une alliance des pays occidentaux y compris la Russie dont la culture correspond selon lui aux valeurs européennes. Mais il engage cette alliance dans un combat contre l’islamisation sans en analyser les origines, son développement et ses objectifs réels. Il devrait pourtant savoir comment a débuté cette islamisation, organisée par quels responsables et pour quels objectifs.

On ne rappelle jamais qu’il existait trois pays
avec un État laïque pour un peuple musulman : l’Irak, la Libye et la Syrie. Tous trois sont détruits sous des prétextes grossiers. Parfois même avec la complicité de l’Otan. Nous conseillons aussi à Armand De Decker d’étudier les documents qui expliquent le rôle de l’Aipec, le lobby américanosioniste qui organise des pressions multiples pour orienter actuellement la politique internationale du président Obama.

Mais peut-être la proposition d’une Alliance pour
la Liberté cache-t-elle d’autres objectifs que la nécessaire et rapide lutte contre la menace islamiste radicale ? En effet, combattre l’islamisme radical nécessite une dénonciation de ceux qui l’ont organisé, quels qu’ils soient, et qui s’en sont servis pour déstabiliser – et le font encore – les régimes politiques qui s’opposent à la domination d’un ultralibéralisme généralisé et à la déstructuration des États démocratiques. Il faut que l’intérêt général l’emporte sur les intérêts privés prédateurs quels qu’ils soient.

Jean Verstappen

Extrait du bulletin "Rencontres pour la Paix"

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