18/07/2014

La légion du déshonneur

israël,nétanyahou,palestine"Il appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces"(1). Ce monument d’hypocrisie restera comme un marqueur du quinquennat de François Hollande .Prise au pied de la lettre, c’est une phrase de bon sens, mais appliquée à son destinataire -le gouvernement Nétanyahou- c’est une inimaginable caution et un encouragement aveugle accordés à des personnages dangereux, connus pour être des faucons prêts à tout pour perpétuer l’occupation et la colonisation des Territoires palestiniens. Le Président français rejoint ainsi la Chancelière allemande et le Premier Ministre britannique parmi les leaders occidentaux qui peuvent méditer jour après jour l’étendue de la tragédie que "toutes les mesures" en question ont engendrée.


Les uns et les autres auraient été dans leur rôle en condamnant les tir de roquettes sur Israël .A condition de mettre en perspective toute la chaîne des responsabilités qui a conduit à ce nouveau désastre et de faire clairement apparaître l’incommensurable disproportion des "menaces" évoquées ! La vérité, comme vient de le rappeler l’historien Ran Halévi, analyste reconnu de l’histoire politique d’Israël, c’est que : "Cela fait des mois que le gouvernement israélien est alerté sur la situation explosive dans les Territoires palestiniens : un processus de paix au point mort; une conjoncture économique précaire; l’accroissement spectaculaire des implantations; et pour finir, la multiplication des vexations et des exactions, souvent impunies, commises par des colons jusqu’au-boutistes" (2) . La vérité, c’est aussi que Nétanyahou a vu il y a peu sa stratégie de l’affrontement permanent contrecarrée par la réconciliation entre le Fatah et le Hamas, la constitution d’un gouvernement de consensus, et surtout par la décision américano-européenne de reconnaître ce gouvernement et de travailler avec lui. Ouvertement révulsé par cette décision qui l’isolait sur la scène internationale, le chef de la droite israélienne était à la recherche d’un prétexte pour étouffer dans l’œuf cet espoir de normalisation. Aussi n’a-t-il pas hésité à instrumentaliser la tragédie de l’enlèvement et de l’assassinat des trois jeunes Israéliens pour justifier une nouvelle guerre, au risque de précipiter une implosion du Proche-Orient.

 

Voilà ce qu’ont délibérément passé sous silence les alliés européens du gouvernement le plus extrémiste de l’histoire de l’Etat d’Israël. Ce message de complaisance du Président français à l’un des pouvoirs les déstabilisateurs de notre époque se situe en quelque sorte aux antipodes du "discours de Pnom Penh" par lequel le Général De Gaulle signifia, en son temps, avec lucidité et courage, à son allié (américain) qu’il faisait fausse route en livrant à un autre peuple (viêtnamien) une guerre injuste et, quel que fût le déséquilibre des forces, perdue d’avance.

 

La France et l’Union européenne seraient bien inspirées d’écouter les voix qui s’élèvent en Israël même, à travers le fracas des bombes, contre les forfaits de leur gouvernement. Certaines d’entre elles sont des figures de toujours du camp de la paix, comme Uri Avneri , pour qui "une extrême droite violente, dangereuse, a poussé à l’ombre d’un gouvernement qui est lui-même d’extrême droite". D’autres sont plus surprenantes : ainsi Eli Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël à Paris… reconnaît aujourd’hui que "c’est notre incapacité à résoudre le problème palestinien qui constitue la principale menace pour notre sécurité", que "nous payons le prix de l’occupation, qui ronge notre ressort moral et obère notre avenir", et que "la paix sera imposée de l’extérieur ou ne sera pas" ! D’autres enfin, comme David Grossman , considéré comme l’écrivain le plus doué de sa génération, ne cachent pas leur meurtrissure face à ce que la politique de ses leaders a fait de leur pays, "une démocratie satisfaite d’elle-même, affichant des prétentions de libéralisme et d’humanisme, et qui occupe, humilie et écrase un autre peuple depuis des décennies" (2).

Messieurs les dirigeants européens, réveillez-vous!

Extrait de l’HUMANITE

 

(1)  François Hollande à Benyamin Nétanyahou : entretien téléphonique du 9/7/2014.

(2) Ran Halévi (Le Figaro 10/7/2014); Uri Avneri (L’Humanité 10/7/2014); Eli Barnavi (Le Figaro 9/7/2014); David Grossman (Libération 9/7/2014).

 

Commentaires

Je vous vante pour votre critique. c'est un vrai charge d'écriture. Développez .

Écrit par : auto ecole paris | 19/07/2014

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