16/08/2014

L’impérialisme et le monde arabe. Quelques reflexions

l'étincelle,françois d'agostino,rencontres pour la paix,impérialisme,monde arabePendant qu’en Ukraine, la logique de guerre froide semble bien reprendre ses droits, il ne faut pas oublier que les pays de la « Triade Impérialiste », pour reprendre Samir Amin, continuent leur travail de sape dans le monde arabe et aux alentours, singulièrement en Syrie. Cela nous pousse à quelques remarques de contextualisation, tout en essayant de dégager quelques pistes de réflexion et d’action.


Le soutien apporté par les États-Unis et leurs alliés aux différents groupes islamistes, Al-Qaïda en tête, dans le simple but de déstabiliser les Soviétiques et les gouvernements arabes « progressistes » s’est révélé plus instable que prévu, comme on a pu le constater dès la fin du « bloc » soviétique. Toutefois, il ne faut pas céder aux sirènes des médias dominants, et à leur vision réductrice, conforme aux intérêts de la grande bourgeoisie impérialiste.

Les pays et régions fortement influencés par la culture islamique sont loin de constituer un bloc homogène. Quels points communs entre l’Iran et l’Indonésie ? Entre la Turquie et le Maroc ? Entre les jeunes palestiniens dans des camps de réfugiés et des émirs de pétromonarchie ? Entre Sunnites et chiites ? Parler, comme le fait Armand De Decker, de péril « islamiste », c’est donner une version volontairement tronquée d’une réalité complexe, en vue, sur le plan intérieur, de renforcer une paranoïa islamophobe ? qui fait le jeu de la réaction, et sur le plan international, de justifier une politique impérialiste chaque jour plus agressive.

Assez paradoxalement, au vu du discours, mais de manière cohérente par rapport à la politique occidentale des dernières décennies, les interventions récentes dans le « monde musulman » (aussi impropre soit ce raccourci), a surtout déstabilisé des pays héritiers d’un certain socialisme arabe attaché à une forme de modernité et de laïcité, et a renforcé les courants religieux radicaux.

Comme le rappelle Samir Amin, cette substitution d’un adversaire par un autre fait passer la confrontation d’un plan économique et politique (la lutte pour l’indépendance nationale, la modernisation, le développement, etc.) à une guerre de « civilisation», conforme aux visions hégémoniques de l’impérialisme américain et ses alliés. Tout cela sans remettre en question les causes profondes des inégalités.

Les groupes islamistes, toutes tendances confondues, sont en effet très compatibles avec l’exploitation capitaliste (Ben Laden en est l’exemple type !), et si d’aventure, ils sont présents sur le terrain social, c’est uniquement dans le domaine de la charité et de la création d’une clientèle, au sens où l’entendaient les Romains.

Certes, des contradictions existent entre les différentes forces qui s’affrontent au Moyen-Orient, et dans l’ensemble du monde « musulman », ainsi qu’avec les puissances occidentales. Mais, à n’en pas douter, le consensus se fera pour détruire toute velléité, toute ambition à caractère progressiste et anti-impérialiste. La lutte contre l’« islamisme » prônée par Armand De Decker et ses amis n’est qu’un leurre, une immense hypocrisie, car ces groupes ne sont pas les ennemis des USA, de l’UE ou de leurs alliés.

Ce sont les ennemis des peuples et du progrès, de la paix. Les progressistes doivent dès
lors comprendre que toute volonté de lutter contre l’impérialisme de manière efficace passe avant tout par une prise en considération du nécessaire besoin de modernisation des pays concernés, en prenant toutefois en compte les spécificités culturelles et pirituelles locales. Le meilleur et seul moyen de lutter contre le fanatisme religieux et l’obscurantisme n’est pas d’imposer des parodies de démocratie par la force des armes, mais de supprimer les injustices sociales, d’en finir avec le néocolonialisme, et de lutter pour la paix.

François d’Agostino, porte-parole du Parti communiste Extrait du bulletin "Rencontres pour la Paix ".

 

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