30/08/2014

Pierre Laurent : « Le coup de force de Valls peut réveiller beaucoup d’ardeurs »

l'étincelle,pcf,pierre laurent,valls,mélenchonEntretien réalisé par Julia Hamlaoui

Alors que s’ouvre, aux Karellis (Savoie), l’université d’été du PCF, son secrétaire national, Pierre Laurent, estime que « la critique de la politique gouvernementale est maintenant massive » et que la « responsabilité du rassemblement » incombe notamment au Front de gauche.


Vous avez déclaré que « l’échec sera une nouvelle fois au rendez-vous », après l’annonce du nouveau gouvernement. Pourquoi ?

Pierre Laurent Cet échec est programmé parce que ce gouvernement est plus étroit et plus droitier que jamais. Le premier gouvernement Valls a été incapable de rassembler les Français autour du cap du pacte de responsabilité, incapable de rassembler la gauche et même les socialistes. C’est aussi un échec économique. Le chômage progresse, la création de richesses est en panne, la demande intérieure est moribonde. Ces résultats catastrophiques sont le fruit de l’austérité, de la baisse des salaires, des cadeaux accrus accordés à la finance. Le nouveau gouvernement, qui avec l’expulsion des récalcitrants est plus minoritaire que jamais, prévoit d’amplifier tous ces axes politiques. Nous irons donc inévitablement vers son échec. C’est pourquoi il est pour nous hors de question de laisser faire, nous devons agir et rassembler sans tarder.

Manuel Valls affirme pourtant qu’il ne s’agit pas d’une politique d’austérité…

Pierre Laurent C’est une affirmation qui fait rire l’Europe entière. Quand on diminue les dépenses publiques de 50 milliards d’euros et quand on s’apprête à sacrifier l’investissement public des collectivités locales, quand les salaires sont tirés sans cesse à la baisse par le chômage, la précarité et la déréglementation sociale… ne pas admettre qu’il s’agit d’une politique d’austérité est tout simplement un mensonge.

Par ricochet, cette situation élargit-elle le spectre du rassemblement à gauche en faveur d’une politique alternative ?

Pierre Laurent La brutalité avec laquelle vient d’être opéré le coup de force de Manuel Valls pour constituer un gouvernement à sa botte peut réveiller beaucoup d’ardeurs dans le pays. La critique de la politique gouvernementale est maintenant massive mais cette critique ne suffira plus. Il faut maintenant construire le rassemblement. Cela passe par la mise en débat et en action autour de solutions alternatives, et par le rassemblement de ces forces qui sont diverses, qui le resteront, mais qui face à la catastrophe annoncée ont le devoir de trouver les chemins d’une convergence politique pour préparer une nouvelle majorité politique. L’université d’été du PCF s’ouvre aujourd’hui et je sens les communistes prêts à cet immense effort politique. Nous avons une responsabilité dans cette situation pour relancer le Front de gauche, pour porter dans l’action des solutions alternatives, pour faire progresser le rassemblement dans toute la gauche et dans tout le peuple.

Le vote de confiance au gouvernement sera-t-il une épreuve de vérité ?

Pierre Laurent Oui, une première épreuve de vérité. Le choix affiché par ce gouvernement est très clair, sans ambiguïté, comme le montrent la nomination d’Emmanuel Macron et la teneur du discours de Manuel Valls devant l’université d’été du Medef. Le premier ministre fait un calcul dangereux. Il sait que sa politique est minoritaire et qu’elle est contestée de plus en plus largement au sein même des parlementaires socialistes. Et il veut les faire céder à un chantage : ou sa politique au service de la finance ou le chaos politique. En vérité, c’est lui qui crée tous les jours les conditions de la crise. Tous ceux qui contestent cette politique sont en train de prendre conscience que ce chantage mène la France et la gauche dans le mur. Nous aurons l’obligation de construire ensemble un autre chemin pour le pays. Cela ne se fera pas en une seule étape mais il faut engager la bataille sans tarder.

Le chômage a franchi un nouveau cap en juillet selon les chiffres rendus publics mercredi soir. Changer le quotidien des Français est-il possible dans un tel contexte ?

Pierre Laurent C’est évidemment possible parce que nous créons en France des richesses immenses. Le problème c’est que le coût du capital engloutit aujourd’hui près de 30 % de la valeur ajoutée, c’est le double de ce que les entreprises paient en termes de cotisations sociales. Le cancer financier vampirise les richesses. Et les choix gouvernementaux portent une très grave responsabilité. Une autre orientation politique permettrait immédiatement de soutenir la relance sociale attendue. Il n’y a aucune fatalité à la politique mise en œuvre.

Jean-Luc Mélenchon et le Parti de gauche ont pour leur part affiché leur volonté de « fédérer le peuple » autour d’un mouvement en faveur de la VIe République tout en critiquant une nouvelle fois le positionnement des communistes. Dans ce contexte, y a-t-il un avenir pour le Front de gauche ?

Pierre Laurent Le travail mené depuis quatre ans avec le Front de gauche reste un événement politique majeur et prometteur. Je ne partage pas l’idée de l’échec du Front de gauche. Il a créé un espoir qui demande, c’est vrai, à être relancé avec de nouveaux objectifs. Nous avons une responsabilité immense pour que le Front de gauche soit capable d’animer le rassemblement nécessaire de la gauche et du peuple. Sur ce chemin qui demandera des débats, ne transformons pas chacun d’entre eux en obstacles. Je souhaite que la réunion de rentrée du Front de gauche du 6 septembre, à laquelle je participerai, permette de décider son entrée en campagne sur des objectifs d’actions fédérateurs. Nous devons accepter le dialogue avec des écologistes, des socialistes, des militants du mouvement social bien au-delà du Front de gauche pour sortir les Français de l’impasse dans laquelle on veut les enfermer en ayant à choisir entre la version Valls et la version UMP de l’austérité ou l’agressivité antisociale du Front national.

Vous avez appelé à plusieurs reprises à rassembler au-delà du Front de gauche et les citoyens à se mobiliser. Concrètement, comment le traduisez-vous en cette rentrée ?

Pierre Laurent Les forces à rassembler existent mais elles ne convergeront pas sur des solutions alternatives audacieuses sans un énorme travail politique. C’est pour cela que notre rentrée doit être une rentrée d’actions et de débats, que j’ai décidé de me rendre dans toutes les universités d’été de la gauche où l’on m’invitait, que je discute avec Europe Écologie-les Verts. Je vais me rendre à La Rochelle pour tenir aux socialistes, abasourdis par le spectacle de ce début de semaine, un langage de vérité : si vous ne voulez pas, vous socialistes, être les spectateurs de la destruction de votre propre parti, de la déroute de l’ensemble de la gauche, vous pouvez, avec nous, entreprendre la reconstruction d’une alternative de gauche. Nous n’avons pas le droit d’abandonner à leur désespoir ceux qui se sont engagés avec des valeurs qui nous sont très souvent communes. Après ces universités, le premier grand rendez-vous sera la Fête de l’Humanité. Nous allons y inviter tous ceux qui ne se reconnaissent plus du tout dans la politique gouvernementale et ceux qui dans toutes les familles de gauche souhaitent ce débat. La Fête de l’Humanité peut être le premier lieu d’effervescence de ces nécessaires débats. J’espère – et je sais que beaucoup y réfléchissent parmi les écologistes, les socialistes, au Front de gauche– que des initiatives de convergences seront prises dans les semaines qui suivront.

Le PCF affirme qu’il n’y a pas à attendre 2017 pour agir, comment entendez-vous passer à l’action ?

Pierre Laurent La première des tâches est, sur chaque terrain possible, de stopper la politique gouvernementale. Des batailles immédiates sont à mener. Il faut protéger l’investissement public avec l’abandon des 28 milliards d’euros de suppressions de crédits publics aux collectivités locales. Il faut baisser la TVA sur les produits de première nécessité, construire la réforme fiscale, qui n’a jamais été faite, qui taxera les dividendes et encouragera l’investissement créateur d’emplois, protéger et développer les services publics. Nos groupes parlementaires organiseront à l’automne des états généraux pour la justice fiscale à l’Assemblée nationale. Nous allons relancer la bataille pour le redressement industriel national en tenant une convention du PCF sur l’industrie en novembre. Nous lancerons également à la Fête de l’Humanité une bataille nationale de pétitions pour exiger la consultation par référendum des Français sur les réformes territoriales. La Ve République est à bout de souffle et nous avons le devoir d’ouvrir le chemin vers une VIe République. Et c’est dans toutes ces batailles que nous construirons les conditions d’une nouvelle alternative

 

 

 

Commentaires

Votre analyse est résolument optimiste et susceptible de ranimer des espoirs qui sont en train de vaciller de tous côtés, nous le voyons très bien et plus encore : nous le sentons ! La solution? il faut à tout prix dénicher un rassembleur : un vrai , qui soit capable d'apporter l'impulsion créatrice qui vous manque toujours,comme à nous aussi d'ailleurs. Il ne nous reste plus que des forces molles qui sont surtout prêtes à en faire le moins possible. Voilà la triste réalité. Je vous souhaite néanmoins beaucoup de réussite dans vos actions, sans y croire vraiment. Et bon courage surtout !

Écrit par : deghorain | 30/08/2014

Pour quelqu'un qui a fait enlevé le symbole communiste ça fait un peu rire.

Mais bon en France tout le monde à les solutions mais une fois à l’Élysée ho.... je ne sais plus quoi faire.

Écrit par : Ludo | 21/09/2014

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