05/02/2015

Grèce : pourquoi Syriza et le KKE ne sont pas parvenus à un accord ?

l'etincelle,grèce,syriza,kke,tsiprasSYRIZA a formé un gouvernement de coalition avec le parti des Grecs Indépendants, un parti qui a émergé en tant que scission du parti de droite Nouvelle Démocratie. C’est un parti fidèle au système capitaliste, pénétré de la logique du capital et des «forces du marché». Que SYRIZA coopère avec un tel parti signifie bien sûr de s’engager sur une pente glissante et dangereuse.


SYRIZA s’est orienté sur cette voie après avoir contacté le KKE (Parti communiste grec) pour discuter de la possibilité de former un gouvernement de coalition de gauche. Le KKE a refusé toute collaboration avec SYRIZA, refusant jusqu’à donner un vote de confiance à un gouvernement SYRIZA. Cette position – le refus du KKE de tout type de collaboration ou vote de confiance pour un gouvernement dirigé par SYRIZA – a été publiquement répétée à plusieurs reprises au cours de la campagne électorale par les dirigeants du KKE. Il se dit également, au sein de SYRIZA, qu’Alexis Tsipras a téléphoné au secrétaire général du KKE, Koutsoumbas, la nuit même des résultats électoraux, mais que ce dernier a refusé de rencontrer Tsipras.

Pourquoi le KKE a-t-il refusé?

Le KKE justifie ce refus sur base de «différences idéologiques et politiques». Mais pourquoi avoir refusé d’accepter de travailler avec SYRIZA sous certaines conditions? Pourquoi le KKE n’a-t-il pas fait part d’une série de conditions minimales nécessaires à rendre une coopération ou un vote de confiance possible, c’est-à-dire une série de mesures dans l’intérêt de la classe ouvrière et de la masse du peuple grec et contre le pouvoir du grand capital?

Le KKE aurait pu accorder un vote de confiance au gouvernement SYRIZA sur base de l’application de politiques favorables à la classe des travailleurs tout en affirmant maintenir sa complète indépendance idéologique, politique et organisationnelle en restant en dehors du gouvernement. La direction de SYRIZA n’aurait ainsi eu aucune possibilité de justifier de se tourner vers les populistes de droite des Grecs Indépendants. Le KKE aurait ainsi également pu atteindre la base de gauche de SYRIZA et les millions de travailleurs qui ont voté pour SYRIZA afin de se débarrasser de la barbarie de la Troïka.

Le ‘fier’ KKE

Les dirigeants du KKE se disent «fiers» d’avoir maintenu leurs forces et même légèrement augmenté leur score électoral par rapport à juin 2012 (de 1%). En réalité, leur soutien a chuté de 3% en-dessous de leur résultat des élections de mai 2012 et il est même inférieur à la moitié des votes obtenus en 1981 (environ 11%)!

Est-il possible pour un «parti communiste» qui se définit comme révolutionnaire de se dire heureux et fier d’avoir 5,4% au moment de la crise économique la plus profonde que le pays ait connu et face à une catastrophe sociale aussi massive? Un parti socialiste / communiste révolutionnaire disposant d’une assise importante parmi la classe des travailleurs, comme c’est le cas du KKE, aurait dû, dans ces conditions, «s’envoler» à l’instar des bolcheviks en 1917. Mais au lieu d’essayer de voir ce qui n’allait pas avec leur politique, les dirigeants du KKE se sont déclarés «satisfaits»!

Que signifie la “coopération”?

Le KKE aurait pu proposer à SYRIZA un programme minimum clair et favorable à la classe des travailleurs comme condition préalable à toute coopération : restauration du salaire minimum, des pensions et des relations de travail; investissements massifs dans l’enseignement et les soins de santé; la fin des privatisations; l’abolition du TAIPED (l’organisme chargé de superviser les privatisations imposées par les accords avec la Troïka); la renationalisation de tous les services publics privatisés; la mise sous propriété publique du système bancaire avec contrôle et gestion des travailleurs; etc. (certaines de ces mesures ont effectivement commencé à être appliquées par le gouvernement SYRIZA).

Parallèlement à cet accord minimal, le KKE aurait pu ouvertement et librement expliquer ses désaccords avec SYRIZA, sur l’intention de ce dernier de rester au sein de la zone euro par exemple, sur le fait que SYRIZA ne s’oriente pas vers l’annulation totale de la dette, etc.

Qui aurait à gagner d’une telle prise de position? Si la direction de SYRIZA avait refusé d’accepter l’offre du KKE, sa direction aurait été ouvertement exposée et le KKE aurait pu lancer un appel aux travailleurs et à la base de SYRIZA. Si la direction de SYRIZA avait accepté cet accord avec le KKE, l’attraction du KKE aurait été encore plus grande parmi la masse des travailleurs et la base de SYRIZA puisque la classe ouvrière aurait grandement gagné d’une politique plus à gauche. La plupart des travailleurs se seraient identifiés aux politiques impulsées sous la pression du KKE.

La direction du KKE se décrit comme étant les défenseurs de la révolution en Grèce, mais l’essence du succès des «politiques révolutionnaires» est d’être capable de convaincre les masses de la nécessité de politiques socialistes révolutionnaires, pas de s’isoler d’elles par sectarisme au nom de la «pureté idéologique».

Un gouvernement instable avec les Grecs Indépendants

Agissant de façon «intelligente», la direction de SYRIZA a appelé le KKE à coopérer et, lorsque celui-ci a refusé, elle est entrée en collaboration avec les Grecs Indépendants. À ce stade, de nombreux Grecs considèrent cette option comme la seule qui restait à disposition de SYRIZA et estiment que les dirigeants du KKE ont contribué à l’arrivée de ce résultat.

Malgré cela, dans les rangs de SYRIZA mais aussi chez de nombreux travailleurs, il est clair que ce gouvernement sera instable. Au début, les Grecs Indépendants seront probablement d’accord sur l’instauration d’un certain nombre de politiques populaires et de mesures d’urgence – le gouvernement de coalition est déjà en train d’instaurer une série de réformes favorablement accueillies par les masses – mais les différences centrales émergeront tôt ou tard concernant le caractère fondamental de l’économie capitaliste et les intérêts de l’élite capitaliste. Les conflits apparaîtront au sujet de politiques qui frapperont les riches ou les profits des entreprises et des multinationales, sans encore parler des nationalisations et du contrôle social que les travailleurs doivent exercer.

Ce ne sont pas des questions abstraites ou académiques! Sans ces mesures, l’économie ne sortira pas de la crise à l’avantage des travailleurs. Sans reprise économique, la crise ne pourra pas être vaincue, ce qui conduira à plus d’agitation sociale et politique. Cela se réflétera au sein du gouvernement de coalition, y causant une crise profonde.

Face à la crise

La base de SYRIZA doit se préparer à une crise avec les Grecs Indépendants. Il n’y a qu’une seule façon d’y faire face : mener la lutte au sein de SYRIZA, avec la gauche et les travailleurs qui se situent à l’extérieur du parti, afin que SYRIZA adopte un programme audacieux qui défendra sérieusement les intérêts de la classe ouvrière et des couches moyennes qui sont écrasées par les politiques de la troïka. Fondamentalement, cela signifie d’adopter un programme de rupture anticapitaliste, socialiste, ce que la direction de SYRIZA a clairement démontré ne pas vouloir faire sans y être contraints par la pression de la gauche du parti et de la société.

Si et quand les Grecs Indépendants feront mine de refuser de soutenir des mesures gouvernementales qui s’en prendront aux intérêts de la classe dirigeante, SYRIZA devrait se montrer prêt à aller vers un mandat populaire et à appeler à des élections anticipées. Les masses grecques comprendront que les Grecs Indépendants sont un obstacle à la mise en oeuvre de politiques favorables à leurs intérêts. SYRIZA pourrait donc accroître son soutien électoral pour un gouvernement majoritaire en défendant un programme anti-austérité socialiste. La direction de SYRIZA en a-t-elle envie ? Il ne fait aucun doute que c’est pourtant la volonté de la base de SYRIZA et des masses en général. Mais c’est loin d’être clair aux yeux de la direction.

Article de Xekhinima (section grecque du Comité pour une Internationale Ouvrière et parti-frère du PSL)

 

 

 

 

 

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