07/02/2015

Qui déstabilise qui ? et pourquoi ?

afgha.jpgUn retour sur le passé

Les accords d’Helsinki en 1975 devaient mettre fin à la guerre froide. Ils prévoyaient la dissolution des blocs militaires, un système de sécurité européenne et le respect des droits de l’homme.

Ce dernier point avait été exigé par les USA. Mais les dirigeants américains comptaient bien ne jamais appliquer les deux premiers.


En 1977, le nouveau président US Carter et son conseiller Brzezinski ont mis en application deux stratégies qui devaient déstabiliser l’Union Soviétique.

La première était une campagne politique pour imposer à l’Union soviétique le respect des droits de l’homme. Ce fut l’époque où une opposition au régime réclamait une démocratie à l’occidentale, c’est-à-dire un régime économique néolibéral.

Ce fut aussi la période des dissidents qui voulaient, en Europe et aux USA, continuer une propagande antisoviétique. La seconde était un développement de la pression militaire sur l’URSS par une course au surarmement et des conflits régionaux de déstabilisation du régime soviétique.

Le rôle d’Oussama Ben Laden au nord de l’Afghanistan

En 1978, s’établissait à Kaboul un régime socioéconomique organisant l’alphabétisation, accordant les terres à ceux qui les cultivaient et garantissant

l’égalité entre hommes et femmes, spécialement dans l’enseignement et à l’université. Mais ces réformes ne pouvaient être acceptées par les chefs de guerre des tribus régionales. Ceux-ci organisaient immédiatement une résistance armée contre Kaboul. Brzezinski choisit Ben Laden pour organiser le regroupement des chefs de guerre. Le Saoudien recruta alors des combattants dans tous les pays arabes… Et avec l’aide des services militaires US, il organisa la “légion étrangère islamique” (voir Paix n° 32).

En décembre 1979, le gouvernement de Kaboul, mis en difficulté, fit appel à l’Union soviétique qui envoya des troupes en Afghanistan. Le projet Brzezinski se concrétisait. Les USA et l’Arabie saoudite aidèrent matériellement les troupes de

Ben Laden qui décréta le Djihad contre l’Union soviétique. La création d’Al Qaïda en 1987 par Ben Laden fut un tournant dans le djihadisme qui se retourna ensuite contre les USA et l’Occident en général.

Syrie et Ukraine : un nouveau front visant la Russie

Il existe deux bases militaires navales importantesqui permettent l’accès de la Méditerranéeà la flotte russe : Tartus en Syrie et Sébastopolen Crimée. Reprendre ces bases aux Russes estd’une importance stratégique capitale pour les USA.

C’était un des buts de la déstabilisation de la Syrie. Dans la continuité des soulèvements du printemps arabe, Bachar El Assad devenait la cible d’une opposition fomentée principalement de l’extérieur. La situation dégénéra rapidement en une guerre civile alimentée militairement autant par les Occidentaux que par des pays du Golfe.

La résistance étonnante du régime El Assad et le statu quo en résultant, provoquèrent l’échec decette stratégie. Parallèlement, l’entrée de l’Ukraine dans l’Otan aurait privé les Russes de leur base de Sébastopol en Mer Noire. Il fallait donc mettre en place le scénario habituel : organiser une opposition pro européenne pour renverser le régime corrompu de l’oligarque Yanoukovitch. La réaction de la population russophone et la reprise de la Crimée par la Russie provoquèrent un nouvel échec de cette politique.

Autant en Syrie qu’en Ukraine, le résultat est un désastre pour la population par le nombre des victimes et des personnes déplacées dans les pays voisins.

Les nouvelles contradictions du Proche et Moyen Orient

Des pays du Proche et Moyen-Orient participent à la déstabilisation de pays voisins de la Russie et de la Chine. Spécialement l’Arabie Saoudite dont les djihadistes wahhabites passent par la Géorgie pour combattre dans le Nord du Caucase russe en Tchétchénie, au Daghestan et en Mongolie pour y établir un « émirat islamique du Caucase "

Ces luttes participent à la déstabilisation générale des zones situées à l’ouest et au sud de la Russie, à l’est de la Chine et à Hong-Kong. Ce sont aussi les Wahhabites qui aident les Ouïgours de la province du Xinjiang à se séparer de la Chine. Mais cette déstabilisation des régions s’étendant du Proche et Moyen-Orient jusqu’en Asie centrale et à Hong-Kong est rendue complexe par les multiples contradictions existant entre les différents pays de cette zone. Celle-ci devient la cible des djihadistes qui veulent y établir un État islamique comprenant l’Irak, la Syrie, le Liban, la Jordanie et la Palestine. Par ailleurs le Qatar soutient matériellement et militairement les islamistes salafistes actifs en Libye et dans le Nord-Ouest de l’Afrique.

La situation dans le Proche et Moyen-Orient est d’autant plus complexe par le fait que trois pays de la région veulent être la puissance dominante.

- Israël, qui construit le « grand Israël » depuis le Golan syrien jusqu’à la mer Rouge par l’annexion des territoires palestiniens, développe aussi largement des investissements dans l’Est africain.

- La Turquie, nostalgique de l’empire ottoman, cherche à se développer de l’Europe jusqu’en Asie centrale au travers du Turkménistan. Elle est membre de l’Otan, candidate à l’Union européenne et participe depuis peu à des discussions avec l’OCS.

- L’Arabie Saoudite qui est étroitement liée aux USA depuis 1945. La coalition militaire formée par les USA pour combattre les djihadistes de l’EI reflète clairement toutes les contradictions entre les pays de la région. Et toutes ces déstabilisations régionales finissent par perturber la stratégie des Occidentaux vis-à-vis de la Russie et de la Chine.

Les dirigeants de la coalition militaire ont déclaré de façon très hypocrite que les djihadistes de l’EI auraient d’importantes ressources financières de la vente du pétrole irakien, qu’ils auraient des armes efficaces et qu’en plus ces échanges se feraient au marché noir ! Comment est-ce possible que les services de renseignements de la coalition ne peuvent, avec tous les moyens technologiques en leur possession, découvrir les pays et les groupes politiques ou financiers qui organisent ce trafic en noir ?

Il y a deux mois, un stock d’armes abandonnées par des djihadistes avait été analysé par des experts de deux ONG. Ce stock comprenait des armes provenant de 21 pays ! L’entreprise multinationale d’armement canadienne CMI a reçu récemment de l’Arabie Saoudite une importante commande de chars à livrer sur 5 ans. CMI a chargé sa filiale belge de construire les tourelles de ces chars pour un montant de 4,5 milliards d’euros. Pour qui et à quoi ces charsdevront-ils servir ?

Jean Verstappen

Extrait de « Rencontres pour la paix ».

16:50 Écrit par PC Charleroi | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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