10/05/2015

Lutte antifasciste : 1500 kilomètres parcourus par un homme.

Guy Patin honore la mémoire de son arrière grand-père, Alfred LERICHE, ainsi que ses 243 collègues mineurs qui furent arrêtés pour avoir protesté lors de la grande grève patriotique de mai-juin 1941 dans le bassin minier, initiée par des syndicalistes cégétistes et des militants communistes

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En juillet 2014, sur les traces de son parent, Guy, qui a déjà plusieurs marathons à son actif, s’est élancé à 66 ans sur un périple long de 1500 km de route, avec son fauteuil roulant, à raison de 40 à 60 kilomètres par jour. Il témoigne ainsi de la volonté de résister contre l'extrême droite et de lutter pour la paix et l'amitié entre les peuples.

 

« Je retrace son parcours en reprenant les étapes au même rythme que lui », explique Guy Patin. «J'entreprends mon voyage à la mémoire des mineurs qui ont cessé le travail. » Pour cette action, ils seront déportés.


Tout commence en 1940 ...

Le 14 juin 1940, les autorités allemandes invitent les directeurs des compagnies de mines ... L'Armistice n'est pas encore signé mais ceux-ci acceptent les ordres de l'occupant. Ils vont accroître la production de charbon qui viendra nourrir la machine de guerre du III ème Reich. L'extrême droite française jubile. Les travailleurs seront mis au pas.

 

74107484.jpgDès l'été '40, les mineurs décident de résister sous l'impulsion de dirigeants communistes comme Martha DESRUMAUX, Julien HAPIOT, Auguste LECOEUR ... Durant l'automne et l'hiver, les débrayages se multiplient gênant la production. Le 1er mai '41 slogan, papillons appelant à la résistance ornent les murs et terrils.

 

Le 27 mai à la fosse de Dahoney, le mineur communiste Michel Brûlé déclenche la grève avec ses camarades de travail.

 

Très vite, la nouvelle se répand. Bientôt dans le Nord-Pas-de-Calais, 100.000 mineurs interdisent l’entrée à ceux qui veulent aller travailler.

 

Le 4 juin 1941, plusieurs milliers de femmes, épouses et filles de mineurs, manifestent à Méricourt et Lens. Police et gendarmerie française sont débordées. L'armée allemande doit intervenir brutalement.

 

Déjà la grève des mineurs est connue dans les entreprises métallurgiques du Douaisis et du Valenciennois dans les ateliers textiles de l'agglomération lilloise. L'occupant pour briser le mouvement va réagir avec violence.

 

Dès les 4 et 5 juin, la répression s'organise. Plusieurs centaines de mineurs, sans compter les femmes, sont arrêtés.

 

Le 11 juin 1941, 226 sont déportés à la citadelle de Huy et 47 autres les rejoindront le 2 juillet.

 

Le 23 juillet, 244 mineurs seront déportés de Huy au camp de concentration de Sachsenhausen (près de Berlin). Ce sont les premiers déportés de France vers l'Allemagne !

 

La grève a empêché l'extraction de 500 000 tonnes de charbon. Elle a permis aux mineurs d'obtenir des améliorations pour le ravitaillement et pour les conditions de travail. Elle a surtout montré que les travailleurs du Nord-Pas-de-Calais et la classe ouvrière, formés d'homme et de femmes venus de toute l'Europe et des colonies, étaient prêts à se dresser pour défendre la liberté, la dignité et l'indépendance de la France.

 

Sur les traces de son arrière grand-père : un message dédié à la mémoire et à la paix

Étapes parcourues par Guy Patin :

Le 6 juin 2014 : Date symbolique de son départ, Guy s’élance sur la route depuis le numéro 19 de la rue d’Artois à Avion, direction la prison de Béthune pour y déposer une gerbe 

Le 9 juin : Il est accueilli à l’espace Marx de Lille, 6 bis rue Roger Salengro à Hellemmes-Lille ;

Le 12 juin : Le Club Achille Chavée, rue Abelville, 34 - 7100 La Louvière recevait Guy. Il prend le départ de La Louvière pour la citadelle de Huy.

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    Le 13 juin, Guy passe la nuit à Gosselies et Robert Tangre va le saluer au nom de la Fédération de Charleroi du PC

     

  • Le 14 juin : Ce matin, Guy Patin, Pierre Outteryck et Laurence Dubois de l'Association CRIS, Claudine Morvan de l'Amicale d'Oranienburg - Sachsenhausen et ses kommandos ont été reçus à l'université de temps disponible de HUY par la vice-présidente de cette association et l'adjointe au Bourgmestre de HUY.

     

  • Le 18 juin : Après un moment de récupération à Eupen, Guy s'apprête à franchir la frontière Belgique/Allemagne pour arriver à Aix-la-Chapelle. Il a parcouru plus de 500 km depuis son départ d'Avion, soit plus de 1/3 du trajet qui va l'amener au mois de Juillet à Sachsenhausen en passant par Cologne, Dortmund, Dusseldorf, Hanovre et Berlin

Le 18 juin : Guy arrive à Aix-la-Chapelle, en Allemagne.

Le 20 juin : Guy arrive à midi à Düren, à deux bonnes heures de Cologne.

Le 21 juin : Guy arrive à Cologne.

Le 24 juin :  Guy arrive vers 18 h à l'auberge de Jeunesse de Düsseldorf après avoir retraversé le Rhin. Belle région, mais dans cette ville de plus de 500 000 habitants, il n'est pas toujours très aisé de s'y repérer pour une personne qui se déplace en striker.

Le 30 juin : Essen, au centre du bassin industriel de la Rhur est la ville -étape de Guy pour quelques jours, avant Bochum et Dortmund.

Le 8 juillet : Départ sous la pluie le matin à 8 h jusqu’à Bad Nendorf, dernière étape avant Hanovre. Depuis 2006, les néo-nazis avaient investi cette ville chaque 3 août en y manifestant. Une large coalition antifasciste s'y est opposé chaque année. En 2013, la mobilisation antinazie a réussi à les empêcher de manifester dans Bad Nenndorf tout comme à Hanovre. C'est dans ce contexte que le passage de Guy à Bad Nenndorf prend toute son importance.

Le 11 juillet : Guy se trouve à Hanovre et visite la ville dont une ancienne usine où des femmes déportées russes, françaises, polonaises fabriquaient des masques à gaz puis une ancienne prison de la gestapo.

Le 14 juillet : Guy est à présent dans la petite ville de Koenigslutter où il va passer la nuit. Le lendemain, il franchira l'ancienne frontière intérieure RFA/RDA pour se retrouver à Eggenstedt, un village dans les bois ou se trouve une auberge de jeunesse. Ce sera la dernière étape avant celle de Magdebourg.

Les 16 et 17 juillet : Il fait station à Magdebourg. Il a été accueilli par le deuxième Maire de la capitale régionale Magdebourg, M. Dr. Rüdiger Koch ainsi que par la directrice de l'Institut français Saxe-Anhalt Violaine Varin. Il a contribué à l'action internationale "Frieden/Paix" de l'institut français : http://www.frieden-paix.com/index.php/fr/

Ensuite, Guy rencontre Mme Irene Schneider qui lui a présenté un projet d'art franco-allemand développé par deux associations à Magdebourg et Néville-sur-mer. Ce projet nommé "mise en couleurs de la noirceur du passé" est un travail réalisé par des jeunes de France et d'Allemagne sur les blockhaus allemands de la deuxième guerre mondiale qui se trouvent à Néville. (http://www.vds-phl.fr/article-neville-exposition-memoire-en-couleurs-108695207.html)

Le jeudi matin, Guy a rencontré des représentants des associations et initiatives "Miteinander e.V.", "Bündnis gegen Rechts Magdeburg" et "Stoplersteine" pour une discussion très intéressante sur les cultures commémoratives en Allemagne et en France. Merci à Christine Böckmann, Dr. Maik Hattenhorst, Jürgen Martini, Mme Olbricht et Mme Zachhuber ;

 Le 21 juillet : Arrivée à Berlin : au programme la visite de la ville et de ses musées et Moabit - La ville rouge.

Une promenade sur les traces du Berlin industriel et ouvrier: de grandes parties de Moabit sont le quartier traditionnel de la classe ouvrière. Certaines parties étaient habitées par des résidents politiquement actifs, tels que le Beusselkiez Rouge ou le voisin quartier de Rostock, où, après la " prise du pouvoir "par les nazis- les cellules communistes étaient actives en 1933. Plus de 1.800 Juifs ont été déportés entre 1941 et 1945 de la région de la Moabit d'aujourd'hui. La plupart d'entre eux ont été assassinés dans les camps d'Auschwitz.

Le 24 Juillet : Guy est invité à présenter "Avion-Sachsenhausen: l'étincelle vint du pays noir" à l'Université d'Eté du PGE qui se tient à 47 km de Sachsenhausen ;

Le 25 juillet : Traversée d’Orianenbourg en partant du Stadthôtel pour se rendre au mémorial en passant devant la plaque commémorant le départ des déportés d'Avril 1945. Aux côtés de Guy Patin se retrouvent notamment des amis l'Amicale Orianenbourg-Sachsenhausen, une délégation venue de Bielefield , des élus et des jeunes de Grenay etc. Sur le site du mémorial, ils seront accueillis vers 10 h par le ministre de la Justice Helmut Markov et du directeur du mémorial Mr Mohrt ;

Le 26 juillet : Il atteint Sachsenhausen

Pour 2015, Guy Patin s’est fixé un nouveau défi hommage aux déportés. En fauteuil « de ville », cette fois. Le tout, sur un trajet particulier. Ce sera à nouveau en Allemagne, dans le pas des déportés. Aux « marches de la mort » (peu avant que les camps ne soient libérés, les nazis les ont vidés, en faisant partir les détenus à pied), Guy Patin veut opposer sa « marche de la vie » : « Les SS ont évacué une partie des camps pour aller sur la mer Baltique, lors de cette marche, plus de 30000 déportés sont morts. »

Alfred Leriche,  un exemple de résistance au fascisme

A_leriche_portrait1.jpegLe 6 juin 1941, Monsieur Leriche fut dénoncé par la police française et arrêté à son domicile, au numéro 19 de la rue d’Artois, pour faits de grève à Avion. Il est emmené au commissariat d'Avion pour y être entendu par la Gestapo. Il sera incarcéré à Béthune puis à la caserne Kléber à Lille. Le 11 juin, il est déporté à Huy, le 23 juillet à Sachsenhausen, au nord de Berlin. . «Il est arrivé avec d'autres dans un camion benne et puis la benne s'est levée pour les faire descendre...» raconte Guy, qui a retracé son histoire en questionnant  son père et en se plongeant dans les archives. Mais ce qui s'est passé dans le camp jusqu'à sa mort le 15 mai 1943,  Guy ne le sait pas. «Il me reste de sa vie un grand trou béant.», qu'il espère aujourd'hui combler en récupérant des archives, peut-être des témoignages de descendants. Entre 1936 et 1945, quelque 200 000 personnes de 40 pays différents ont été détenues au camp de  Sachsenhausen.

À l’occasion des 70 ans de la Libération, Guy reproduira le parcours de cette marche pour se rendre au mémorial : « Ca sera pour moi une marche de l’espoir et de la vie pour moi qui n’aurais sans doute jamais survécu à cette époque ».

 

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