05/07/2015

RFA: Figure historique de Die Linke, Gregor Gysi annonce son retrait

 

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Bruno Odent extrait de l’Humanite.

Son respect des adversaires et son humour toujours en éveil lui ont permis d’acquérir la sympathie des citoyens bien au delà des rangs de la gauche.

L’ex-chef de file et figure historique de Die Linke quittera en octobre sa fonction de chef du groupe du parti au Bundestag. En arrière-plan de ce départ, le débat autour d’un éventuel accord de gouvernement avec le SPD aux prochaines élections.

 


De notre envoyé spécial en Allemagne. Grand instant d’émotion au congrès de Bielefeld de Die Linke qui avait lieu ce week-end. Gregor Gysi y a annoncé la voix brisée, au bord des larmes, qu’il avait décidé de quitter son poste à la direction du groupe parlementaire de Die Linke au Bundestag. Il a fait savoir également qu’il n’entendait plus se présenter comme tête de liste du parti et candidat à la chancellerie pour le prochain scrutin prévu en septembre 2017.

Plus de dix minutes d’applaudissements debout : les délégués ont rendu un hommage vibrant à l’avocat qui joua un rôle si déterminant dans la survie d’une force progressiste outre-Rhin après la déroute du socialisme-étatiste de la RDA. Alors que toute la direction du SED (l’ex parti-état au commande) quittait précipitamment le navire, l’ex dissident du SED sera l’un des principaux artisans de la survie puis de l’émergence du Parti du socialisme démocratique (PDS) et de Die Linke. Ce parti est devenu « une force incontournable sur le spectre politique allemand », a relevé Gysi dans son discours, comme pour signifier qu’il pouvait s’en aller maintenant qu’il avait accompli sa mission avec succès.

Une des personnalités politiques préférées des Allemands

Très brillant orateur, son charisme, sa finesse d’analyse, son respect des adversaires et son humour toujours en éveil lui ont permis d’acquérir la sympathie des citoyens bien au delà des rangs de la gauche - il figure aujourd’hui toujours dans le peloton de tête des personnalités politiques préférées des Allemands. Une position qui ne l’a pas préservé des attaques les plus sordides et d’être trainé dans la boue à maintes reprises par de nombreux médias au sujet de prétendues collaborations avec la Stasi, l’ex-appareil tentaculaire de surveillance des citoyens de RDA. Jamais aucune preuve tangible n’a pu être apportée à ces campagnes de diffamation qui, hasard sans doute des calendriers politiques, ont à chaque fois coïncidé avec la montée en puissance des intentions de vote pour le PDS puis Die Linke à l’occasion d’importantes échéances électorales.

Si Gregor Gysi s’est défendu de vouloir enfin « donner le temps » qu’il n’a pas pu consacrer durant toutes ces années, « à ses amis ou à ses proches», son retrait n’est pas sans lien avec l’exacerbation de débats internes toujours très vifs sur le bienfondé ou non d’une éventuelle participation de Die linke à un gouvernement dirigé par le SPD. Gysi a déployé beaucoup d’énergie pour le triomphe de cette ligne. Il a lancé dans son discours de Bielefeld une sorte d’appel à son parti à s’engager davantage dans cette direction. « Nous pouvons et nous devrions, a-t-il déclaré, gouverner au niveau fédéral, et cela en étant sûrs de notre fait, avec des compromis mais sans fausses concessions ».

Les deux vice-président actuels, Sahra Wagenknecht et Dietmar Bartsch pour le remplacer

De nombreuses interventions dans la salle, égrenant les critiques fortes à l’égard de l’orientation du parti social-démocrate aujourd’hui aux affaires avec la CDU d’Angela Merkel, ont mis en évidence un relatif isolement de Gregor Gysi sur le sujet.  C’est d’évidence cela qui le conduit à jeter l’éponge aujourd’hui. Il devrait être remplacé à la présidence du groupe parlementaire par le tandem que constituent les deux vice-président actuels, Sahra Wagenknecht et Dietmar Bartsch. La première est franchement hostile à une éventuelle participation à un gouvernement dirigé par le SPD « dans les conditions actuelles.» « Die Linke n’a sûrement pas été créée pour être entraînée dans ce marigot », a-t-elle lancé dans une intervention dénonçant le comportement des dirigeants du SPD, très applaudie au congrès de Bielefeld.  Bartsch, l’autre futur co-président vraisemblable du groupe au Bundestag, est réputé dévoué à une ligne très ouverte au contraire à un accord gouvernemental de Die linke avec le SPD. Il reste aux militants à relever un défi qui s’annonce crucial pour l’avenir du parti en conciliant leurs forces et leurs arguments. Sans la médiation et le charisme d’un certain Gregor Gysi.

 

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