22/10/2015

COMMENT J'AI CÔTOYÉ JEAN LOUVET, CHANTRE DE L'IDENTITÉ WALLONNE

 

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Cet été, par un dimanche radieux, on apprend la mort de Jean Louvet, des suites d’une chute consécutive à un malaise. Cette disparition m'a fortement attristé car cet auteur défendait bec et ongles une certaine idée de la Wallonie. C'était un homme qui comptat dans le paysage culturel wallon..

 


J'ai côtoyé Jean Louvet dans les années 90 quand j'étais employé au Centre culturel de Courcelles. il avait rencontré l'écrivain wallon Armand Deltenre, qui avait écrit et réalisé une pièce de théâtre dialectal intitulée "Nût d'Angouche" (Nuit d'Angoisse). La pièce relatait les terribles tueries perpétrées par les rexistes au Rognac à Courcelles dans la nuit du 17 au 18 août 1944 en représailles à l'assassinat d'Oswald Englebin, maïeur du grand Charleroi qui rentrait chez lui à Trazegnies vers 12h40. Le Rognac se situe sur la route de Trazegnies aux limites de Courcelles et Roux

Jean Louvet découvre cette pièce de théâtre avec beaucoup d'émotion car dit-il à l'époque "Dans le théâtre francophone des personnages de Rexistes ne sont jamais représentés sur scène, pourtant ils font partie de notre mémoire collective".

Quand j'ai rencontré Jean Louvet, pour travailler sur "La Nuit de Courcelles" il avait, avec quelques autres, rédigé le Manifeste pour la culture wallonne depuis plus d'une dizaine d'année. Le cheveu en bataille et sa faconde déterminée, Jean Louvet était un farouche défenseur de "[l'identité wallonne] qui passait obligatoirement par la culture wallonne. L'identité des citoyens ne

 éussirait que si elle s'appuyait pleinement sur la définition d'une identité et sur des rapports réinventés entre des citoyens leur territoire, leur histoire et la culture... Au grand dam de certains, dans les établissements scolaires, on enseigne trop souvent une histoire de Belgique et rarement une histoire de Wallonie" avait-il coutume de dire…

La création de "La Nuit de Courcelles" produite par le Centre culturel de Courcelles pour commémorer les cinquante ans des tueries a été un véritable succès. Elle fut jouée à chaque fois devant une salle comble durant un mois, un véritable succès populaire. Il faut dire qu'en trois ans, les deux auteurs (Armand Deltenre et Jean Louvet) avaient travaillé d'arrache-pied sur cette création...

Par le passé, Jean Louvet, avait déjà abordé le thème de l'extrême-droite, mais à l'époque (nous sommes en 1994) il fait ressurgir le discours du rexisme. C'était donc un homme résolument engagé et qui fustigeait cependant l'inertie de ses compagnons de route face à une extrême-droite qui, de nos jours, se présente, teintée de respectabilité.

A propos de "La Nuit de Courcelles", Jean Louvet déclarait : "les habitants d'une

commune, d'une région jouent une page dramatique de leur histoire et ça m'interpelle.

Dans cette pièce, il y a plus de 40 comédiens qui étaient issus de plusieurs troupes. Outre le Studio Théâtre de La Louvière (créé par Jean Louvet) , il y avait des acteurs provenant de diverses troupes de théâtre dialectal (La Rampe de Chapelle-lez-Herlaimont, le Cercle et Théâtre de Mont-sur-Marchienne, les Gais Lurons de Graty). Ce spectacle joué entièrement en français, profite totalement de la sensibilité propre aux acteurs du théâtre dialectal et qui est fort intéressante"...

Le combat de Jean Louvet demeure inachevé... Espérons, comme il le souhaitait lui- même, que la jeune génération relève le défi.

Adieu Jean, j'ai côtoyé un grand bonhomme...

Freddy Guidé

Sans oublier la troupe "Les Comédiens de Sarty" de Courcelles avec à leur tête Michel Meurée (NDLR)

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