11/01/2016

Olivier Dartigolles : "Le Front de gauche est un échec"

dartignolles.jpg

Propos recueillis par Bruno Rieth

Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, tire pour Marianne un bilan de ces élections régionales. Et le tableau n'est pas joyeux. C'est "un paysage crépusculaire" pour la gauche, selon le communiste, avec le passage "d’un climat d’exaspération à un climat de sécession". Pour lui, "le Front de gauche est un échec" et a "participé au désenchantement ambiant". Pas question donc de se contenter de "colmater le Front de gauche", il faut "refonder la gauche".


Marianne : Quel bilan tirez-vous de ces élections régionales ?

Olivier Dartigolles : Au lendemain du second tour, le paysage politique est extrêmement préoccupant. Si le FN ne remporte aucune région, il franchit un nouveau palier en nombre de suffrages. C’est un paysage crépusculaire avec une droite qui remporte sept régions et une gauche qui représente moins de un tiers des suffrages exprimés. Nous sommes dans une situation de danger maximale. Et Hollande, Valls et l’exécutif du PS, qui ont poussé à cette recomposition politique - qui s’est accélérée depuis dimanche pour mettre le FN au cœur du jeu politique et faire le pari pour la présidentielle d’un face à face avec Marine Le Pen pour être assuré d’être élu - sont des apprentis sorciers. Il faut être très clair avec celles et ceux qui ont joué avec ça, vous prenez des risques considérables ! Nous sommes passés d’un climat d’exaspération à un climat de sécession. C’est à un rejet du monde politique auquel nous sommes confrontés, résultat de l’absence d’amélioration des conditions de vies des Français malgré les changements de majorité. Le quinquennat de François Hollande a fait très mal là-dessus ce qui nourrit le vote FN et l’abstention. Le seul point positif qui apparaît dans ce tableau désastreux est l’augmentation de neuf points de la participation au second tour ce qui montre qu’il y a bien un peuple en capacité de réagir à partir du moment où il voit un enjeu, comme celui de ne pas laisser de régions au FN.

 

Quelle réponse faudrait-il apporter selon vous sur le terrain politique ?

Il faut absolument comprendre ce vote FN. Jean-Christophe Cambadélis, dès le soir des résultats, a d’ailleurs commencé à aborder cette question essentielle, donnant l’impression de rejoindre le camp des frondeurs. Le gouvernement va-t-il enfin changer sa politique gouvernementale qui n’a pas réussi à gagner la mère des batailles, celle de la lutte contre la précarité et le chômage ? Il faut absolument mettre ça sur la table. Au début du quinquennat, le FN était à 18%, il est aujourd’hui à 30%. Jamais il n’avait passé un tel cap. Le FN se nourrit clairement de la résignation que crée la politique du gouvernement et s’il n’y a pas de remise en question, je crains que le séisme des régionales ne soit rien par rapport à la réplique qu’il y aura en 2017. Les citoyens ne se sentent pas suffisamment considérés. Les attaques d’Emmanuel Macron contre les chômeurs par exemple, crée une véritable déflagration.

Et en ce qui concerne le bilan du Front de gauche ?

C’est difficile à dire et pourtant, le Front de gauche, qui a été créé justement en 2008 pour éviter ce qui est en train de s’installer dans la politique française, est un échec. Il ne faut pas tourner autour du pot. Le Front de gauche a participé à la désespérance ambiante. Celles et ceux qui mettaient de l’espoir en nous ont été déçus. Nous sommes sortis des rails que nous nous étions fixés en n’atteignant pas nos objectifs comme faire de la politique autrement. Nos divisions, notre éparpillement au quatre vents y ont largement participé. Et le dernier épisode des régionales, avec des listes de l’autre gauche aussi diverses que de régions, nous a fait perdre clairement en visibilité et en crédibilité. Donc oui, nous sommes face à un échec du Front de gauche sur le papier.

Comme le surmonter ?

Il faut aujourd’hui faire du neuf avec nos partenaires du Front de gauche. Nous avons un devoir d’innovation. Nous devons faire l’événement sur deux sujets majeurs. D’abord, il faut en finir avec la défaite idéologique face au FN, ce doit être notre axe de bataille. Il y a ensuite la question du rassemblement, faire émerger une dynamique unitaire, travailler avec tous les pans de la société, les associations, les syndicats, les personnalités issues de la société civile, les intellectuels, il faut un acte fondateur pour acter cette refondation de la gauche et imposer une alternative politique. Il ne s’agit pas de colmater le Front de gauche mais de refonder la gauche dans un cadre unitaire. Notre structure actuelle doit se réinventer impérativement. Et ce travail va devoir se faire dans une période très rapide. Les prochaines semaines seront décisives.

Les alliances d’une partie du Front de gauche, notamment le PCF, avec le parti de la majorité, ont-elles participé à ce manque de visibilité ?

Je pense que si notre débat politique se résume à la simple question des alliances électorales, ce sera un débat terriblement appauvrissant qui ne permettra pas de mettre du vent dans les voiles des grandes propositions que nous pourrions porter. Car c’est bien des propositions qu’émergent les possibles alliances et non l’inverse.

Certains commencent à avancer l’idée que ces régionales traduisent surtout un espace à la gauche du PS inexistant. Est-ce la problématique à laquelle vous êtes confrontées ?

La question ce n’est pas tant l’espace qu’il y aurait ou non à la gauche du PS mais celle du maintien dans le paysage politique, marqué par une très forte droitisation, de l’idée même d’un projet de gauche. C’est l’idée de gauche et de son avenir qui est menacée.

Extrait de Marianne

 

 

Les commentaires sont fermés.