12/01/2016

Libres propos : « Des terroristes ? Quels terroristes ? »

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Ainsi, selon le gouvernement de Charles Michel, nous l'aurions échappé belle. Nous étions à deux doigts de subir un attentat terroriste sanglant selon des informations fournies par l'OCAM (Organe de coordination pour l'analyse de la menace - en matière de terrorisme et d’extrémisme -) et de relever la menace terroriste au niveau 4 à Bruxelles, le niveau le plus élevé sur base des renseignements fournis par le SGRS et la Sûreté de l'État. Bigre !


L’OCAM est placé sous l’autorité conjointe des Ministres de la Justice et de l’Intérieur. Jan Jambon, notre super Vice-Premier Ministre et Ministre de la Sécurité intérieure accroît la présence militaire et policière en rue. Le Premier Ministre déclare que la situation est grave mais demande de ne pas paniquer. On voudrait créer l'effet inverse que l'on ne s'y prendrait pas mieux. A chaque communication gouvernementale, on nous sort ce refrain : les militaires et la police sont avant tout présents pour nous rassurer pas pour abattre de dangereux terroristes...

Le 15 novembre, on s'est payé une séquence de cinéma. Les forces de l'ordre sont intervenues aux environs de la rue du Midi, de la rue de la Toison d'or et du périmètre. Les robocops ont demandé aux occupants des appartements de s'éloigner des fenêtres de se mettre à l'abri des balles. Et puis plouf i Plus rien ! Que c'était-il passé ? Du vent ? Du bluff ? On ne le saura jamais... La droite aime le cinéma et l'armée dans les rues. Et puis, sans raison apparente, du niveau 4 on revient au niveau 3. La police a procédé à de nombreuses perquisitions et arrestations et a fait chou blanc ! Elle a cherché en vain armes et explosifs. Elle n'a même pas trouvé une lime à ongles...

En matière de terrorisme, nous n'en sommes pas à une première. Dès 1905, notre royaume d'opérette était déjà sous la menace terroriste et le siècle a été traversé par des vagues de terrorisme. Ainsi en 1982, arrive au pouvoir un tandem d'ultra droite libérale, le gouvernement Martens, CVP, l'ancêtre du CD&V et Gol, PRL, l'ancêtre du MR. Nous sommes en pleine vogue de l'économie libérale de Mme Tatcher. Notre duo s'en inspire et proclame les Pouvoirs  Spéciaux et muselle le Parlement.

Martens-Gol instaure des mesures d'austérité pour les travailleurs mais des largesses aux puissances d'argent. Les années de 1982 à 1985 sont secouées par une série d'attentats par notamment ceux que l'on appellent les "Tueurs du Brabant" parce qu'ils opéraient essentiellement dans cette région. On leur attribue une quinzaine d'attentats et 28 victimes. Le meurtre semble être leur seule motivation. Ils quittent les grandes surfaces (les lieux principaux de leurs méfaits) avec des butins dérisoires mais laissent des cadavres dans leur sillage. Ils interviennent avec une technique de commando, créant ainsi une stratégie de la tension. On a accusé des puissances étrangères d'être à l'origine de la formation de ces commandos. Il faut dire qu'à l'époque, le pays, comme d'autres pays d'Europe connaissent une vague de mouvements pacifistes. La Belgique et les troupes américaines ont installés des  missiles nucléaires sur le territoire et à Florennes entre autres. La présence de militaires américains sur notre sol est fortement remise en cause.  D'autres accuseront l'extrême droite d'être les principaux commanditaires des Tueurs du Brabant. 

A l'inverse, Les CCC (Cellules Communistes Combattantes) s'en prennent aux intérêts capitalistes et à l'impérialisme américain. D'octobre 1984 à décembre 1985, ils plastiquent des sièges de banque, des entreprises liées à l'industrie de l'armement, des sièges de partis politiques, d'infrastructures militaires et ce qui demeurera leur action la plus spectaculaire, ils sabotent l'oléoduc de l'OTAN qui traverse le territoire belge. Jusque là, les attentats ne font que quelques blessés mais le 1er mai 1985, une voiture piégée  stationne devant les bureaux de la FEB (Fédération des Entreprises de Belgique) et malgré l’avertissement transmis à la police (ils le font à chaque fois pour éviter des victimes innocentes) deux pompiers sont tués  dans l'explosion. Les attentats vont se  perpétrer jusqu'au 16 décembre, jour de l'arrestation des principaux dirigeants.

Pour rassurer la population, le gouvernement fait descendre les bérets verts dans la rue, un refrain qui est encore utilisé aujourd'hui. Au passage, le gouvernement Martens-Gol, fort de ses Pouvoirs spéciaux ordonne  des descentes et des saisies dans les milieux d'extrême gauche. Le  dernier massacre des "Tueurs du Brabant" a lieu le 9 novembre 1985  avant que les protagonistes ne s'évanouissent dans la nature. On ne les a jamais retrouvés.

On le voit clairement, même si ça foire, la droite utilise les mêmes cordes et arguments que leurs aïeux de droite. Leur obsession : l'armée dans les rues et la méfiance généralisée vis-à-vis de ce qu'autrefois, ils appelaient "les classes dangereuses". On en rirait mais ce cirque représente un prétexte à une intrusion dans la vie privée de chacun et un net recul des droits démocratiques fondamentaux au nom des sacro-saintes valeurs.

Quelles valeurs, je vous le demande...

Freddy Guidé

 

 

 

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