16/01/2016

Un monde multipolaire stable et pacifique contre un monde unipolaire ultra libéral

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L’article qui suit retrace l’historique, depuis la fin de la guerre 40-45 à nos jours, de la confrontation entre deux visions du monde. Il se compose de deux parties. La première fait l’analyse économico-politique de cette période et la seconde est une synthèse des plans stratégiques élaborés de part et d’autre.


1re partie : Casser la « Russie de Poutine » pour rétablir la « Russie d’Eltsine »

Pour analyser les problèmes politiques actuels, il faut se remémorer les événements géopolitiques intervenus depuis 1945 et leur évolution.

Les quatre alliés, Britannique, Russe, Américain et Français, ont gagné la guerre 40-45 grâce à leur unité. Pour gagner la paix et construire un monde stable et pacifique, ils devaient rester unis.

Mais dès 1947, la confrontation entre les deux régimes socio-économiques différents a brisé cette nécessaire unité.

La victoire sur l’Allemagne nazie

L’Union soviétique avait largement contribué à la victoire des alliés sur l’Allemagne nazie. Les succès de l’Armée rouge avaient provoqué en Europe occidentale, et particulièrement dans les pays qui avaient été occupés par le régime hitlérien, des courants politiques nettement plus marqués à gauche et une série de revendications sociales. Il en résulta des acquis sociaux importants ainsi que la structuration de mouvements pour la paix.

Pour contrer ces orientations, la droite européenne comme les dirigeants des USA dénoncèrent la « menace » soviétique et, en 1949, les Occidentaux créèrent l’Otan. En 1955, le « bloc soviétique » répondait par la création du Pacte de Varsovie. C’était le commencement de la « guerre froide » et d’une course au surarmement nucléaire et conventionnel symétrique entre les 2 blocs.

Si cette course au surarmement provoqua en Union soviétique un handicap social, aux USA elle favorisa le développement du complexe militaro-industriel qui, par la suite, devint aussi financier et promoteur d’un ultra libéralisme expansionniste.

Développement d’un courant social et pacifiste

Après la guerre, les organisations sociales revendiquèrent un monde pacifique et un développement socio-économique stable, basé sur la concertation. En 1949 se forma à Paris le Conseil mondial de la Paix lors d’une assemblée internationale d’organisations pacifistes. Celles-ci bénéficiaient dans la fin des années 1950 de l’aura et des nouvelles orientations de l’Union soviétique : construire une coexistence pacifique nouvelle entre Etats à régimes sociaux différents. En outre, les organisations pacifistes se structuraient en Europe et en 1969, lors d’une assemblée de responsables tant du bloc soviétique que de l’Europe occidentale, fut créé le Comité international pour la sécurité et la coopération européenne. Son président fut le chanoine Raymond Goor, président de Pax Christi international, et son siège fixé à Bruxelles.

Ce sont ses activités qui provoquèrent en 1972 la tenue de la Conférence d’Helsinki et en 1975 la signature des accords d’Helsinki qui créaient une Conférence permanente pour la sécurité et la coopération en Europe. Malheureusement, ses décisions, particulièrement la dissolution des blocs militaires, ne furent jamais appliquées. Celles-ci allaient trop à l’encontre des intérêts du complexe militaro-industriel et des groupes financiers US qui s’en servaient. Et contrairement aux espoirs des pacifistes, l’existence de cet accord provoqua en réaction, aux USA comme dans la Communauté européenne, le développement d’un ultra libéralisme à vocation mondiale.

Parallèlement à ces mouvements sociaux et pacifistes, se construisit une Europe pacifiée dans laquelle s’organisa des coopérations et des partenariats dans tous les domaines économiques.

C’était le rêve de Robert Schuman mais aussi du président de Gaulle. Celui-ci souhaitait d’ailleurs une large ouverture vers l’Est dans une perspective totalement pacifiste. C’est pourquoi il opposa son veto en 1960 et en 1967 à l’entrée de la Grande Bretagne dans les structures européennes.

Développement de l’ultra libéralisme

Mais une telle Europe ne convenait absolument plus aux groupes financiers anglo-saxons qui s’étaient largement développés à Wall Street et à la City. Ceux-ci entreprirent une offensive idéologique qui amena Tatcher au pouvoir en 1980 et Reagan en 1981. Ce fut rapidement la désorganisation du mouvement syndical en Grande-Bretagne et le recul des acquis sociaux. Aux USA, ce fut immédiatement un renforcement du surarmement et le projet de la « guerre des étoiles ». Contrairement aux accords d’Helsinki, l’Otan renforçait son dispositif offensif, spécialement nucléaire, et exerçait une pression maximale sur le bloc soviétique.

Les années 80 furent aussi les années de grandes manifestations pacifistes en Europe. Mais sous les pressions de l’offensive ultra libérale des Anglo-Saxons, les structures européennes perdaient leurs orientations socio-économiques et devenaient progressivement une structure supranationale dirigée par des représentants des groupes financiers.

L’expansionnisme occidental à l’Est et au Sud

Cette stratégie globale ultra libérale provoqua à partir de 1989 des fissures dans le bloc soviétique. Et dès 1991, avec la disparition de l’Union soviétique et du pacte de Varsovie, ce fut en Russie l’apparition du capitalisme « sauvage » et dans l’Union européenne, la privatisation d’organismes de service public, la délocalisation des entreprises et une large concentration des banques et des groupes financiers.

La stratégie de ceux-ci a été payante. C’est un monde unipolaire qui se forme avec une gouvernance socio-économique ultra libérale mondialisée. D’autant plus que l’Otan, bras militarisé des groupes financiers, s’engouffrait dans les ouvertures pratiquées à l’Est par l’Union européenne.

Pour accélérer ce processus, mais aussi pour s’élargir encore géographiquement, l’Union européenne lança le Processus de Barcelone. C’était établir une organisation de coopération avec tous les pays de la zone méditerranéenne. Ce fut un échec. Mais en 2008, le président Sarkozy le relance sous l’appellation « Euromed ». Cette nouvelle tentative - également un échec – fut certainement une des causes de la déstabilisation qui résulta du « printemps arabe ».

Vers un monde multipolaire

Mais entre-temps, dès 1996, l’opposition politique russe à Eltsine s’était renforcée. De son côté, la Chine initiait le regroupement du « Shanghai Five » qui devint en 2001, avec la présidence de Poutine en Russie, l’Organisation de coopération de Shanghaï.

Dès lors, commençait une confrontation politico-militaire entre ce « groupe de Shanghaï » et les groupes financiers occidentaux. Sous leur pression, ’Union européenne répliqua à cette initiative en 2004 par la création de la Politique européenne de voisinage (PEV) pour s’élargir à l’Est. Et en 2009, l’Union européenne concrétisa cet objectif en créant le « Partenariat oriental » qui entamait un processus de partenariat avec tous les pays voisins de la Russie. Ainsi, l’Union européenne devait s’étendre géographiquement de l’océan Atlantique à la mer Caspienne. Cette nouvelle initiative fut l’une des causes de l’actuelle guerre civile en Ukraine et des tensions entre l’Otan et la Russie, avec entre autre comme conséquence la récupération de la Crimée par la Russie.

Quelques mois après la création du Partenariat oriental, en 2009 se constituait le Brics, regroupement qui complétait le groupe de Shanghai.

Deux visions du monde s’opposent

rencontres pour la paix,jean verstappen,un monde unipolaireDésormais, deux regroupements de pays situés en Europe, en Asie, en Amérique latine et en Afrique font blocs contre les groupes financiers occidentaux et leurs structures politico-militaires. Les pays des groupes de Shanghaï et du Brics construisent un monde multipolaire dans une perspective de coexistence pacifique avec des accords de partenariat de profit mutuel entre eux. En outre, ces pays viennent de créer leur propre système monétaire en dehors de la Banque mondiale, du FMI et de la zone dollar.

Si la Chine devient actuellement la première puissance économique mondiale, la Russie, deuxième puissance militaire mondiale, est considérée par les Occidentaux comme la pierre angulaire de ces regroupements. L’offensive ultra libérale a amplifié sa stratégie militaro-politique contre la Russie, celle du président Poutine. Elle espère le déstabiliser et rétablir en Russie un système socio-économique comme sous la présidence d’Eltsine.

Mais les conditions économiques, financières et politiques actuelles sont très différentes de celles des années 90. Le rapport de force dans le monde s’est transformé.

 

A suivre, un des derniers textes écrit par Verstappen dans Rencontres pour la Paix.


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