24/04/2016

Services publics: vers leur liquidation totale?

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Depuis des dizaines d'années, une privatisation insidieuse des services publics se développe sous la contrainte européenne et au cours de toutes les législatures en Belgique. Sous la houlette des deux grands partis de pouvoir que sont le MR et le PS (et leur pendant flamand) qui, avec une belle constance, signent tous les traités qui vident l'état de sa souveraineté. Avec le gouvernement Kamikaze, un mouvement d'accélération a été initié. Le fait que le MR vient de faire sauter un pion PS (Laurence Bovy) à la tête de la SFPI (l'organe qui gère les participations de l'état) pour le remplacer par un pion MR (Laurence Glautier - chef cab de Chastel) est le signal que nous risquons d'assister à l'hallali final : la liquidation totale des grands services publics.Le privé c'est mieux que le public <> Tony Andreani (1) 


La Belgique va perdre ses bastions centenaires.

La CGER, SNCI, Sabena, Electrabel, etc. c'est déjà fait. Restent Belgacom-Proximus, La Poste, BNP-Paribas, Belfius, Ethias, Loterie Nationale... une partie de la Sécurité Sociale (hôpitaux, homes, etc.), un tas de petites structures régionales, provinciales et même communales. La Belgique va perdre aussi les centaines de milliards d'investissements injectés par le peuple belge depuis 1830. Tout ça pour une croûte de pain en quelque sorte. Elle va perdre en même temps des sources de rentrées budgétaires conséquentes et le contrôle sur des besoins essentiels pour la population (voir Electrabel). Et finalement elle va perdre les innombrables liens qui relient entre elles les 4 régions du pays. Facilitant la mise en place du grand projet NVA (avec ses complices sous marins dans les régions).

L'Europe supervise les soldes nationales

Si on prend de la SNCB en exemple, le privé va mettre la main sur 180 ans de construction et d'investissements (La Belgique a été le premier pays du continent européen à se doter d'un réseau de chemin de fer, décidé par la loi du 1er mai 1834). Il va mettre la main sur un des réseaux de chemins de fer les plus denses du monde - 3600 km de voies, performant (malgré les quasi sabotages récurrents par le monde politique) et avec un nombreux personnel compétent et motivé. Clac, comme cela, d'un simple claquement de doigts. Sans aucune résistance ou presque à part la syndicale. Ce mouvement nuisible au Service Public National a été initié par le Traité de Maastricht adopté en 1992 qui exige des réformes structurelles. L'ensemble du monde politique a obéi le doigt sur la couture du pantalon. Si on veut réellement sauver les Services Publics on ne fera pas l'économie de la discussion sur la dénonciation du traité de Maastricht et de ceux qui suivent ou le débat sur rester ou pas dans l'Europe.

Pour en arriver là, il aura fallu une stratégie sur plusieurs années.

Entre 1834 et 1926, les chemins de fer de l'Etat belge constituaient une administration du royaume de Belgique. Entre 1926 et 2005, la SNCB était une société anonyme de droit public unifiée, contrôlée intégralement par l'État belge. En 2005, la structure de la SNCB avait déjà été profondément revue afin de satisfaire aux exigences de la Commission européenne en matière de libéralisation du rail en Europe. En 2015 sont créées une structure faîtière nommée SNCB-Holding. Une société SNCB : exploitant ferroviaire (transport de voyageurs et de marchandises- machines et wagons), une société Infrabel : gestionnaire de l'Infrastructure (le rail). Au départ il a été constitué un Fonds de l'Infrastructure Ferroviaire pour isoler la dette historique de l'entreprise, avec un ensemble de biens immobiliers (essentiellement des voies et des terrains à réaffecter) pour couvrir cette dette. Ce Fonds a été dissou en 2008 par réabsorption de la dette historique par l'État et transfert de l'infrastructure vers Infrabel. En résumé l'état a nettoyé les comptes de la SNCB en vue de livrer une entreprise "propre" aux futurs repreneurs...

Rendre quasi ingérable la société, sous financer, sous traiter des parties de plus en plus grandes de l'institution, fermer des dizaines de gares, les laisser tomber à l'abandon. Par la mauvaise gestion, rendre les voyages moins commodes, avec des retards, de l'insécurité, mécontenter les usagers et, arme ultime, avoir la collaboration des médias pour "vendre" l'opération.

Les blablas aux orties, seuls les faits comptent

Mais hélas, les usagers, manipulés par les médias, pensent qu'en privatisant cela ira mieux. Il faudrait peut-être leur offrir un voyage en Angleterre pour constater de visu comme ça marche avec le privé. L’exploitation y a été confiée à plusieurs entreprises qui louent les lignes. Depuis lors, c’est le chaos. Les retards n’ont jamais été aussi importants ni aussi nombreux, le prix des billets n’a jamais été aussi élevé et le confort est tombé en-dessous de tout. Aujourd’hui la majorité des Britanniques demandent la renationalisation des chemins de fer parce que les pouvoirs publics s’en tiraient visiblement mieux que le privé.

Mittal, le modèle universel de la gestion privée

C'est quoi le privé? Ben ce sont des individus (ce qu'on appelle pompeusement et hypocritement "le Marché" ) qui contrôlent des énormes masses d'argent et qui cherchent des créneaux qui rapportent un minimum de 2 chiffres de rentabilité. Pour deviner un peu l'avenir des services publics, il suffit de placer le masque de la gestion façon d'ArcelorMittal sur la SNCB, pour la démonstration. Ce sera, en gros, pareil dans tous les services publics. Que se passera-t-il? La nouvelle Société privée des chemins de fer - ex SNCB- va devoir rémunérer les actionnaires en priorité. Pour arriver à cela le management va devoir appliquer le principe des CCC (Cash, Costs, Clients) dans l'ordre. Cela signifie imposer un "tri de carnet", c'est-à-dire qu'on ne fait fonctionner que les lignes qui rapportent le plus. Une "optimalisation" des ressources, , concentrer le transport sur moins de lignes, moins de trains. Une gare dans les grandes ville et pour le reste basta, ce sera la voiture ou le bus. Une réduction des coûts tout azimut (gains de gestion... moins d'entretien, pannes, accidents...). Pillage des stocks, des fonds de réserve, économies sur tous les postes. On n'investit plus que sur le minimum viable. Suppression ou réduction drastique des "avantages sociaux" du personnel (y compris caisse de maladie, de pension etc.) Simplification de l'organigramme : reporter les tâches sur de moins en moins de gens. Bonjour les TMS (troubles musculo squelettiques) et les burnout ! Sous-traiter tout ce qui n'est pas du "core bizness", tout ce qui n'est pas transport proprement dit. Déplacer les grands services informatiques en Inde, les calls center au Maroc, la comptabilité en Pologne etc.. Et intensifier l'usage des sociétés d'intérim jusqu'à 30% du personnel pour absorber les variations de demande et de conjoncture. Evidemment, la new SNCB c'est comme les grandes banques "too big to fail" - trop grand pour faire faillite, ce sera l'état qui devra venir en aide avec de généreux subsides. Ensuite, les experts financiers s'arrangeront pour que société ne paie pas un rond d'impôts. Le Groupe sera inclus dans un grand marché européen concurrentiel, si pas le Grand Marché Transatlantique (TTiP-TAFTA). Donc inévitablement, imparablement, il y aura concentration, OPA ou fusion. La SNCF ou la Deutsche Bahn prendront le contrôle de la compagnie. La Belgique ne sera plus qu'une zone de transit.

Les promesses du privé sont à usage des gogos

Comme c'est le transport de fret qui est rentable, fatalement la nouvelle compagnie abandonnera progressivement le transport passager obligeant l'Etat a créer une société de transport uniquement de passagers comme cela s'est fait aux USA avec l'AMTRAK ou VIA RAIL au Canada. La Belgique étant un petit territoire, il y a peu de probabilité que le fret soit éclaté en des dizaines de sociétés privées comme aux USA. La Grande-Bretagne a mené ce processus de privatisation le plus vite et le plus loin. L’infrastructure a été cédée en concession à Railtrack (le privé). Afin de gérer et entretenir l’infrastructure du réseau Railtrack a reçu plus de subsides publics que n’en avait jamais reçu British Rail (le public). Cela s’est avéré une catastrophe, et les accidents - souvent mortels - se sont multipliés. Railtrack a fait beaucoup de bénéfices mais n’a pas assuré l’entretien du réseau comme il le fallait. En résumé, les dividendes des actionnaires sont passés avant la sécurité des passagers.

Protéger les services publics, c'est lutter contre la pauvreté

Nous sommes à un tournant, la vague néolibérale, devenue ultralibérale nous met face à nos responsabilités. Avec la signature du "pacte budgétaire", le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance - TSCG, tous, je dis bien tous les services publics, jusqu'au plus bas niveau sont en danger d'être privatisés... Jusqu'au niveau communal. L'arme essentielle pour arriver à cela c'est la contrainte budgétaire avec sanctions et la signature de la 6e réforme de l'Etat qui, en dehors d'avoir donné raison à Bart De Wever, a permis de "constitutionnaliser" le TSCG et va pousser les communes à sous-traiter (privatiser) des services pour desserrer er le carcan. Si nous ne voulons pas voir disparaître nos services publics et augmenter fortement la pauvreté dans notre pays nous devons impérativement faire tomber ce gouvernement qui ira jusqu'au bout de la logique libérale. Puis exiger du futur gouvernement qu'il prenne des mesures pour sauvegarder et améliorer les services publics. L'heure est à la mobilisation et certainement plus aux "promenades" syndicales. Il y a va de notre avenir et de celui de nos enfants.

(1) Tony Andréani, « La privatisation des services publics est une privatisation de la démocratie », Actuel Marx 2003/2 (n° 34), p. 43-62. DOI 10.3917/amx.034.0043

(2) Nous ne pouvons que vous conseiller de regarder les films de Ken Loach à propos des dégâts du libéralisme au Royaume-Uni. Article paru dans l'édition N°54 du Drapeau Rouge - janvier 2016

Freddy Visconti

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