08/06/2016

Intervention de Robert Tangre lors du débat « Résister ? Riposter ? »

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Bonjour à vous tous, camarades, qui vous êtes déplacés pour assister à cette rencontre-débat. Je vous adresse un salut fraternel au nom de l’association le Progrès que j’ai l’honneur de présider depuis le décès de ce grand camarade que fut mon prédécesseur, Maurice Magis, conseiller communal de Dampremy puis de Charleroi, échevin mais aussi conseiller provincial.


J’ai fait sa connaissance en 1973, lors des fameuses grèves des instituteurs recevant un maigre salaire. Nous étions des centaines à l’étage de ce vénérable bâtiment (%aison de 8 Heures) pour lutter, pour améliorer leur quotidien et celui de leurs proches. Un combat qui fut gagné car l’augmentation salariale obtenue fut de 25 % Vous entendez 25 %. Ce combat gagné, j’ai fait dans les années qui ont suivi un triste constat : « L’élévation du niveau de vie de nombre de mes collègues conduisit à une forme de démobilisation et de désyndicalisation ».

Le Progrès est une association d’éducation permanente affiliée à l’Association Culturelle Joseph Jacquemotte dénommée auparavant Fondation Joseph Jacquemotte. Quel honneur d’avoir donné à notre association fédérale francophone le nom de Jacquemotte, fondateur en 1921 du Parti communiste. Ce dernier était un syndicaliste qui au lendemain de la révolution soviétique dénonçait la dérive parlementariste du pourtant jeune Parti Ouvrier Belge. C’est lui qui eut cette phrase qui est le leit motif de notre volonté d’action : « On ne peut être à la fois avec les riches et les pauvres, il faut choisir ». C’est ce que firent nos prédécesseurs : par leur volonté d’éducation populaire permanente, idéologique, ils voulaient se trouver aux côtés des travailleurs, d’assurer conférences, débats, formation en expliquant les rapports de force existant au sein de la société. Cette dernière, la société capitaliste opprime depuis toujours travailleurs manuels, intellectuels et petits artisans ou indépendants dont le sort est extrêmement dépendant du prolétariat.

En effet, c’est aux côtés de ces travailleurs que nous devons nous trouver et partager avec eux les enseignements de deux grands personnages qui, plus que jamais, occupent une place primordiale dans notre histoire, dans nos combats, deux visionnaires, Marx et Engels.

Partant d’une analyse de la société capitaliste qui se développait dans la moitié du 19 ème siècle, ils eurent le génie de décrire l’évolution du capitalisme, principes qui se vérifient plus que jamais de nos jours.

Les ouvriers de 1850 se trouvaient face à un pouvoir patronal composé de bourgeois qui venaient de prendre la place des anciens détenteurs du pouvoir, la noblesse. Le patron de l’époque était connu, côtoyé mais aussi protégé, défendu par le pouvoir politique, il imposait sa loi, accordait des salaires misérables, complétés par ceux de l’épouse et même des enfants. Cette bourgeoisie prospéra, s’enrichit au détriment de la classe ouvrière. Tablant sur le libre concurrence déjà, les plus fortunés écrasaient les plus faibles d’entre. C’était le début de la concentration du pouvoir capitaliste. Grève, mouvements sociaux étaient alors réprimés dans le sang. Il y a peu, certains d’entre nous ici présents bravant l’interdit policier n’hésitèrent à participer à la commémoration de la tuerie de Roux en 1886.

Fin du 19 ème siècle, les partis et syndicats de gauche émergèrent, se développèrent, les forces réactionnaires tinrent toujours le haut du pavé durant encore des décennies encore. Dans les années 30, des grèves éclatèrent, 1932, 1936, mouvements soutenus par le jeune Parti communiste. Devant le développement du mouvement ouvrier, la réaction patronale soutint les fascismes naissant financièrement. Ce bras armé du pouvoir capitaliste s’en prit aux éléments les plus combatifs de la classe ouvrière dont les communistes.

1940, le nazisme ne trouva face à lui qu’un seul parti organisé en Belgique, le Parti communiste, celui des fusillés. Ce parti dans la résistance, en concertation avec d’autres progressistes fut un des créateurs, n’en déplaise à Di Rupo, de la sécurité sociale qu’aujourd’hui nous défendons. Ici résister a un sens. Est-ce suffisant ?

Après guerre, le capitalisme vaincu par la lutte des classes reprit progressivement du poil de la bête pour en arriver à la situation que nous vivons aujourd’hui.

Pour nous, il s’agit maintenant de riposter. Mais à qui ? Ripostons-nous lorsque les partis sensés nous défendre. Nous représentent-ils lorsqu’ils acceptent au nom d’une politique de rigueur de prendre ou de collaborer, honteusement à des décisions contraires à l’intérêt de tous les travailleurs de toutes les catégories sociales, sans ou avec emploi, minimexés, pensionnés,…

Nos syndicats ont-il encore une stratégie ? Sont-ils encore porteur d’une idéologie, sont–ils toujours les héritiers de Marx et Engels ? Qui a retenu leur nécessaire leçon ? Appellent-ils à la résistance puis à la riposte.

Avant de riposter, il faut tirer un constat et celui-ci est alarmant sinon affligeant : le manque d’unité syndicale, la coupure de plus en plus profonde entre les organisations du nord et du sud, un corporatisme syndical défendant des intérêts propres. Quelles stratégies développer sinon des combats sectoriels, divisés, des manifestations promenades. Ne faut-il pas tourner notre regard vers nos voisins du sud où la CGT alliée à d’autres élargit son combat à l’ensemble des travailleurs ?

Riposter ne voudrait-il pas signifier unir les forces de progrès non pas pour gagner une place dans un parlement ou dans d’autres instances de pouvoir ? Riposter ne signifierait-il pas qu’il est urgent de s’unir pour s’en prendre au sommet de la pyramide capitaliste dont seule la pointe de l’iceberg émerge. Riposter ne serait-il pas de dénoncer la collaboration de classe sinon la soumission au capitalisme transnational. ?µ

L’ennemi c’est la finance haranguait Hollande ? Qu’a-t-il fait ? Qu’ont fait les élus progressistes de toutes ces nations européennes qui ont désigné des personnes non élues pour prôner une concurrence soi disant libre mais non faussée. La riposte doit prendre une autre dimension. Bien sûr il faut taxer les millionnaires. Mais qui sont-ils? Qui sont les actionnaires qui exigent un revenu minimum de 15 % sur leurs placements financiers. L’opacité est totale. Attaquer le capitalisme à son sommet, signifie exiger de nos représentants politiques qu’ils dénoncent les traités internationaux qui ont pour but d’empêcher la création d’un large mouvement de contestation unissant politiques, syndicalistes et citoyens contestant notre mode de vie, de consommation. Seul, un large mouvement de contestation rassemblant des centaines de milliers de nos concitoyens peut mettre un frein, enrayer le mouvement dans lequel nous avons été entraînés. Avons-nous été consultés à propos de l’élargissement européen, cause des délocalisations, de la mise en concurrence des peuples. Qu’avons-nous fait lors de l’affaire des banques en 2008 ? Ils recommencent aujourd’hui car la rue n’a pas été mobilisée pour dénoncer leur cupidité, leur rapacité ? Pourquoi avons-nous accepté de payer des dettes qui ne nous sont pas propres ? Tandis que les uns s’en mettent plein les poches, tous les autres de plus en plus nombreux cherchent désespérément un emploi, logent dans des conditions de plus en plus humiliantes, dénoncent leurs conditions de travail, l’épuisement de nos ressources naturelles, l’empoisonnement de la planète au plus grand profit de un pourcent de privilégiés qui puissent dans nos poches le fruit de leur richesse.

Pour conclure, un dernier mot, la bête immonde que l’on croyait terrassée renaît de ses cendres. S’appuyant sur des slogans simplistes, partout en Europe, profitent de la misère sociale engendrée par le capitalisme. En somme, Ils démontrent notre incapacité d’unir nos populations sur les valeurs que nous devrions retrouver : la solidarité, l’égalité sous toutes ses formes, la justice. La lutte antifasciste est redevenue une nécessité, elle doit se trouver au sein de nos mouvements de contestations. Vive la démocratie.

Je vous remercie.

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