24/10/2016

« Progressive Caucus » pour "changer la direction de l’Europe et la politique économique"

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Par Jean-Jacques Régibier
Extrait de l’humanité

Des députés européens viennent de créer un mouvement regroupant aussi bien des socialistes que des députés de gauche de progrès et des écologistes. Son objectif : avancer sur tous les projets progressistes en faisant barrage aux populistes.


Même si elle se veut pour l’instant modeste dans ses objectifs, l’initiative que viennent de prendre un certain nombre de députés européens de gauche, pourrait rapidement attirer l’attention de ceux, notamment en France, qui désespèrent de voir cette gauche retrouver les voies d’une union que l’opinion semble pourtant appeler de ses vœux dans cette période de marasme persistant.

De quoi s’agit-il ? De la mise en place d’une instance commune, destinée non seulement à réfléchir et à analyser les problèmes qui se posent à l’échelle européenne, mais aussi à agir concrètement dans le sens de la solidarité et des valeurs progressistes. Ce qui est remarquable dans cette initiative, c’est qu’elle regroupe non seulement des élus issus de toutes les formations politiques de gauche du Parlement européen - socialistes, Verts, et membres de la Gauche unitaire européenne -, mais aussi des différents pays européens, avec leurs particularités politiques et leurs richesses respectives.

Dans cette instance commune, baptisée « Progressive Caucus », on retrouve en effet aussi bien des membres de Syriza que des écologistes catalans, des membres de Die Linke que des socialistes français, des députés italiens de « Autre Europe », des Espagnols de Podemos, des membres d’EELV ou des communistes. Un beau modèle d’union dans la diversité qui pourrait faire des envieux.

« L’objectif n’est pas de créer un nouveau groupe mais d’avoir un endroit où on peut définir des positions communes sur des questions importantes, » explique Eva Joly ( Verts/ALE ), ajoutant: « on est parti du constat qu’il n’y avait pas de forum de discussion entre députés progressistes, entre députés du même bord. On a voulu corriger cela. »

« Le catalyseur, explique le député grec de Syriza, Stélios Kouloglou, ça a été le traitement infligé à la Grèce l’année dernière. Au cours de notre première réunion, tout le monde a dit : je suis ici parce que j’ai été terrifié par la manière avec laquelle la Grèce a été traitée. » Il ajoute : « le deuxième catalyseur, ça a été le Brexit parce que nous disions depuis longtemps que cette politique économique, ces relations inégalitaires entre les états, ça allait donner des résultats très graves. Eh bien, nous y voilà. Nous avons le Brexit, et nous avons maintenant en Europe des gouvernements d’extrême droite qui interdisent l’avortement comme en Pologne, ou qui disent qu’ils ne veulent pas un seul réfugié, comme en Hongrie. Beaucoup de phénomènes nous inquiètent sur l’avenir de l’Europe, c’est pour ça qu’il faut réagir et se mobiliser contre la dissolution de l’Europe. »

C’est aussi pour rompre l’isolement de chaque parti à gauche qu’a été mis en place « Progressive Caucus. » Pour Stélios Kouloglou, « On a réalisé que chaque groupe parlementaire seul ne peut pas avoir de résultat positif parce que la majorité du Parlement européen est contrôlée par les forces conservatrices. On a pensé qu’il fallait établir une alliance entre les groupes les plus progressistes qui partagent les mêmes idées et les mêmes inquiétudes sur l’avenir de l’Europe. »

Pour le socialiste Guillaume Balas, il est important que cette unité à gauche se fasse sur des engagements concrets, plutôt que sur des grands principes. « Il y a une marche à franchir pour réussir à faire des propositions communes », reconnaît-il. « Le premier thème sur lesquels nous nous sommes engagés », explique Eva Loly, « avait ce côté fédérateur : il s’agissait de prendre position sur le CETA, le traité de libre échange avec le Canada. Nous avons décidé de faire campagne contre, tous ensemble. »

Depuis quelques semaines, «  Progressive Caucus » s’engage sur d’autres actions, notamment le soutien à la Grèce et au Portugal, et d’autres combats sont déjà en vue, d’autant que selon Guillaume Balas « la période des élections en France et en Allemagne va créer un moment politique intense dont il va falloir tirer parti. » « Il y a beaucoup de combats que nous pouvons mener ensemble », affirme Eva Joly, « la lutte pour une fiscalité plus juste par exemple, ou la lutte contre la corruption. Il faut mener ces combats pour rapprocher l’Europe des citoyens. »

Mais « Progressive Caucus » s’appuie aussi sur une évaluation partagée plus large de la situation politique et économique de l’Europe. Pour Guillaume Balas, « le modèle néo-libéral ne marche plus, c’est sur ce constat qu’il faut rassembler à gauche. » Une analyse partagée par Stélios Kouloglou : « Il faut changer la direction de l’Europe et la politique économique. Il faut aussi réinventer les idées de la solidarité sociale, envers les réfugiés et les couches les plus faibles par exemple. » Est-ce qu’une nouvelle forme d’union de la gauche est en train de prendre forme à l’initiative de députés européens progressistes ?
 
« On est devant un paradoxe, répond Guillaume Balas, jamais il n’a semblé aussi facile de s’unir à gauche. C’était bien plus compliqué dans les années 70 où les options économiques et politiques étaient parfois diamétralement opposées, et ils y sont parvenus. Alors il n’est pas faux de dire que ce que nous tentons aujourd’hui à l’échelle de l’Europe, c’est une union de la gauche. La situation européenne réclame ce rassemblement. »

C’est aussi l’avis de Stélios Kouloglou :  «  nous voulons que ce pôle à gauche devienne de plus en plus important, c’est une nécessité absolue au moment où l’extrême-droite se renforce et impose son rythme à l’Europe. Regardez par exemple Viktor Orban, le premier ministre hongrois. Comment ce type a-t-il pu influencer toute l’Europe et donner le ton sur la question des réfugiés avec son groupe de Visegrad (groupe réunissant la Tchécoslovaquie, la Hongrie, et la Pologne, qui s’oppose fermement à tout accueil des réfugiés en Europe  et à leur répartition dans les pays de L’Union, NDLR) ? Comment des grands pays comme la France, l’Italie ou l’Espagne n’arrivent-ils pas à s’imposer face à lui, c’est incroyable ! »  « Pour moi, Progressive Caucus est un forum qui a de l’avenir », conclut Eva Joly, « on peut se recomposer à gauche entre alliés naturels, ce qui permettra de modifier les rapports de force. »

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